Reflexion, diagnostic et protocole

Je suis chez moi, face aux gens que j’aime et qui m’aiment.

J’ai le choix : montrer cette cicatrice, l’apprivoiser à travers leurs regards aimants ou me cacher derrière des tee shirts informes, rentrer dans un trou, dans un engrenage de cachotteries qui se terminera par la reconstruction, ma reconstruction….
Mes enfants sont petits, 7 et 4 ans, sont-ils assez forts pour affronter un corps mutilé comme le mien? Non, je decide de les epargner, de leur epargner la vision de leur mère diminuée, leur mère-amazone.
Mon mari, c’est autre chose, il peut  regarder en face un corps atrophié, mais quid de notre vie amoureuse? l’amour sera-t-il plus fort? E puis je réflechis, je ne peux pas me cacher en permanence, moi aussi j’ai besoin de m’accepter comme je suis et ce sera peut être plus facile dans ses yeux….

Alors je décide d’arpenter ce chemin côte à côte, main dans la main, ce chemin qui nous l’esperons tres fort nous menera à la guerison. Nous grimpons une echelle, barreau apres barreau, step by step comme disent les anglais, pour, parvenus en haut, revoir le ciel bleu.

Je ne sais pas ce qu’il a pensé de ce que j’etais devenue, une moitié de femme, une mutilée du cancer, nous n’en avons jamais parlé. Il m’a toujours regardé avec amour et respect, et je lui en suis infiniment reconnaissante.

Une semaine plus tard, je reçois un coup de fil du chirurgien. Je le connais aussi par le biais d’un ami medecin et je suppose que c’est pour cela qu’il m’appelle directement :

-« les resultats labo sont revenus, ils sont negatifs, les ganglions ne sont pas touchés, c’est genial ». je ne comprends rien, j’etais loin de m’imaginer que le cancer pouvait se propager dans des ganglions que je ne savais pas avoir sous mon bras !!! Mais je prends l’info pour ce qu’elle est : une bonne nouvelle!

Enfin, je me retrouve à l’hopital, avec le cancerologue et je vais savoir à quelle sauce il va me manger. Bien sur, lui et mon gyneco  m’avait vaguement parlé chimiotherapie, mais au fond de moi, j’espère un peu… apres tout mes fameux ganglions ne sont pas touchés…. Aujourd’hui je ne me rappelle plus du diagnostic exact c’est, je crois carcinome canalaire de grade 1, sans atteinte ganglionnaire.

Mais je suis jeune alors il y aura chimio : ce  sera FEC50 12 seances, protocole J1 J8. Evidemment, je me fais tout expliquer (je commence à apprendre de mes nombreux rendez vous chez les medecins) : j1 j8 veut dire une injection le 1er jour, puis une seconde 8 jours plus tard, puis trois semaines d’arrêt et on recommence 6 fois, soit un peu plus de 6 mois de traitement. J’en ai jusqu’au mois d’octobre. Je n’aurai pas de catheter, (encore quelque chose que je ne connaissais pas!), le cancero me dit que ça n’en vaut pas la peine, qu’on injectera les produits par intraveineuse (l’avenir montrera qu’il a eu tort). Mais pour l’instant c’est une operation de moins.

Bien sur je parle de la perte des cheveux, j’en ai affreusement peur, ou plutot une peur viscerale, une peur qui me prends aux tripes.Je prefere 100 fois perdre un sein que mes cheveux !

Il ne sait pas :  je porterais un casque refrigerant pendant les seances qui peut ralentir la chute, mais chaque personne reagit differemment.

Voilà, le rendez vous est terminé, je suis aneantie, le chemin passe par la case chimio. Le mèdecin a pris son temps, il a repondu à toutes mes questions, neanmoins, une infirmière prends le relais ; d’abord pour me donner le calendrier des seances mais aussi pour me rassurer, me parler, demystifier les soins à venir. Nous restons longuement avec elle, elle aussi prend son temps, nous ecoute, je découvre une chose à laquelle je n’avais jamais été confrontée dans mon monde de working girl : l’empathie.

Et puis je repars chez moi et j’ai peur à en mourir….

09/10/2009