L’impression du travail accompli !
Je n’écris pas beaucoup en ce moment et je me demande bien pourquoi ?
Peut-être l’actualité sur le cancer est-elle en sommeil en ces mois d’été, peut- être aussi ai-je épuisé tous les sujets qui me faisaient prendre la plume. Il est aussi vrai que ce blog m’a mené à d’autres activités qui me prennent beaucoup de temps. Toujours est-il que je me culpabilise un peu car j’ai l’impression de vous abandonner. Alors aujourd’hui me revoici pour vous donner quelques nouvelles fraiches.
Nous avons fêté ce mois-ci les 18 ans de ma fille qui après avoir décroché son baccalauréat avec brio (mention TB tout de même), s’est inscrite à l’université Paris Dauphine pour l’année prochaine.
Mon fils quant à lui, du haut de ses 21 ans, continue son bonhomme de chemin en cursus de biologie et postule pour intégrer en septembre un magistère européen de génétique. On croise les doigts !
Je suis donc une maman comblée de deux « adulescents » qui démarrent plutôt bien leur vie après, ou plutôt devrais-je dire malgré, les épreuves que notre famille a traversées.
Je ne peux m’empêcher de repenser à l’effroi qui m’a frappé à l’annonce de mon cancer : « alors voilà, je ne serai pas là pour les élever, eux si petits alors, si fragiles encore ». Il m’était insupportable d’imaginer un seul instant qu’une autre que moi prenne ma place auprès d’eux, les voit grandir, leur inculque des valeurs qui ne sont pas miennes. Peut être même oublieraient-ils mon visage, à peine présent sur quelques photos témoins d’une vie fauchée en plein vol ; regards et sourire figés pour l’éternité d’une maman partie trop tôt. Ils oublieraient ma voix, la sensation des nombreux câlins que je leur infligeais en permanence, la douceur de mes baisers sur leur joue.
Et puis j’ai eu l’extrême chance de passer entre les gouttes, de pouvoir déjouer la grande faucheuse quelques années de plus et d’être présente à toutes les étapes de leur vie d’enfant et d’adolescent. Nous avons profité des moments qui nous ont été donnés malgré les hauts et les bas qui ont ponctués les 14 dernières années. Même si je n’ai pas été toujours disponible physiquement et moralement j’ai été là pour eux, enfin je l’espère. Nous avons partagé rires et pleurs, bonheurs et peines tous ensemble, soudés pour la vie. Je suis fière de ce qu’ils sont devenus, heureuse au delà de ce que l’on peut imaginer du jeune homme et de la jeune femme qu’ils sont aujourd’hui. Je n’aurais pas pu imaginer meilleure récompense. Je suis une maman comblée.
Mais, aujourd’hui ils sont partis seuls en vacances, et demain ils partiront pour de bon. Un sentiment double m’anime : celui de la peine d’une mère qui voit ses enfants commencer à voler de leur propres ailes et l’apaisement que donne le travail accomplit.
Alors, merci à vous mes amours, merci d’être ce que vous êtes, je vous aime au delà de tout ! Que votre vie future soit douce, et que vous soient épargnées d’autres souffrances. Comme je vous le dis souvent, profitez de l’existence, aimez, sortez, voyagez, travaillez … Sans jamais perdre de vue que le bonheur est fragile et que ces joies sont de merveilleux cadeaux du ciel.
Néanmoins, je ne peux m’empêcher de penser à vous toutes qui vous battez courageusement pour survivre. Je pense aussi très fort à celles qui ont perdu la bataille et ont laissé leurs enfants orphelins, amputés d’une partie de leur vie, privés de leur insouciance par une maladie sournoise et encore trop souvent victorieuse.
Et si, comme je le disais dans un billet récent, je suis persuadée que l’amour est immortel, même si, en fait, je suis sure qu’on n’oublie jamais vraiment une maman, je suis triste et révoltée par l’injustice qui frappe ces familles trop tôt endeuillées.
Je pense aux filles de Laurence qui s’est envolée la semaine dernière, aux enfants de Carmen partie cette année, au petit bout de femme d’Anne Laurence décédée voici bientôt deux ans. Vos mères ont été merveilleuses de volonté, de ténacité, de courage. Où qu’elles soient maintenant, soyez certains qu’elles vous aiment au delà de la mort, malgré l’absence et le vide béants qu’elles ont laissés dans vos vies.
Je vous embrasse tendrement.
Catherine
Photo : mes enfants quelques mois avant le diagnostic



Je viens juste de découvrir… et dévorer ton blog. Merci d’avoir mis de si beaux mots sur mon ressenti. Je n’ai pas été , non plus, un « bon petit soldat » et j’ai suivi le chemin que l’on me montrait. J’ai pleuré , j’ai pas toujours été « courageuse ». Et ce dernier billet me ramène à la nuit ou j’ai rédiger des courriers pour mes enfants à leur donner pour leur bac, leur majorité, leur premier enfant pour qu’il ne m’oublie pas…
Je vais bientôt « fêter » les 10 ans et la fin du 100%! j’ai brûlé les lettres, fait le tri dans les amis et repris mon travail à l’hôpital, en radio…en première ligne contre le cancer. Et le message que je transmet toujours, c’est ce droit à être triste, fatigué, en colère.
Je les laisse craquer, pleurer un bon coup dans l’intimité d’une salle d’examen peut être froide et impersonnelle mais le sourire revient ensuite,toujours. Alors merci de m »avoir permis de me sentir moins seule.
Merci caroline
Nous sommes vraiment en phase dans nos ressentis. bel anniversaire pour ces 10 ans 🙂
A bientôt j’espère
C est tellement bien écrit bravo beatrice
Merci !
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Merci de cette touchante générosité de raconter votre histoire. Vos enfants ont eu de la chance de vous avoir pour les aider à bien vieillir.
J’ai 66 ans, et j’attends un diagnostic de cancer du sein. Ça fait longtemps que je suis sans énergie, et que je me doute de ce qui se trame en dedans. Le système de santé au Québec fait peur. J’ai 2 enfants adultes et 2 petits-enfants; ils demeurent à plusieurs heures d’avion de chez moi. Je les vois rarement; par contre nous avons une belle relation. Quand nous prenons rendez-vous, c’est dans un autre pays, pour le plaisir de la découverte. Je suis retraitée, je n’ai pas de conjoint, ma fatrie est en mode loisirs uniquement, j’ai une maison dont l’entretien me dépasse, j’ai des chiens et des chats qui sont mon univers, et mes revenus sont limités. Bref si le diagnostic tombe, j’ai l’intention de refuser tout traitement que ce soit. Je me prépare donc à trouver un refuge adéquat pour mes vieux amis, et à faire un testament légal. Je n’ai pas l’énergie de mettre de l’ordre dans mes papiers, ni dans la maison. Celà dit, avez-vous rencontré ou eu connaissance de femmes qui ont refusé de passer par où vous êtes passée? C’est en cherchant de l’info sur le refus de traitement que je suis atterrie sur le vôtre.
Bonjour france
j’espère que le diagnostique n’a pas été celui auquel vous vous attendiez. Si malheureusement ce fut le cas, j’espère que vous avez changé d’avis et que vous avez fini par accepter les traitement proposés. Ils ne sont pas anodins c’est certain mais ils sont là pour vous permettre de vivre encore de merveilleux moments avec les votres. je n’ai aucun témoignage de personnes guéries sans traitement.
Donnez-nous de vos nouvelles.
Bonjour Catherine et vous toutes sur le forum,
J’ai été diagnostiquée en Nov 2013 d’un double cancer du sein et subi une double mastectomie en Fev 2014 avec reconstruction en Sept 2015. Je ne vous raconte pas les détails des traitements lourds qui ont duré un an car l’objet de mon message est la dépression majeure dans laquelle le cancer m’a plongée depuis le diagnostique.
Je suis mariée et j’ai deux belles filles de 14 et 17 ans mais qui malheureusment me voient dépérir et dans l’incapacité de les accompagner. Ma famille ne comprend pas que je sois encore dans la douleur et la révolte après le combat que j’ai mené.
Je souffre d’insomnie chronique et d’une absence totale de goût de vivre et de plaisir. Ma vie est un enfer au point où je me dis que si le cancer m’avait emportée, je n’aurai pas souffert autant. Je suis encore dans la colère et la frustration et j’éprouve un immense sentiment de perte. Les traitements médicaux contre la dépression ont tous échoué. Je suis une psychothérapie depuis peu mais je doute qu’elle puisse me sortir de ce gouffre.
J’aimerai recevoir vos témoignages si vous avez vécu une dépression et/ou un choc post-traumatique. Les insomnies me détruisent et me rendent folle. Comment avez-vous retrouvé le sommeil malgré les angoisses? Comment retrouver goût à la vie après autant de souffrance? Je suis tellement souffrante que mon oncologue ne s’est pas opposé à l’arrêt du tamoxifène..
Merci pour toute aide que vous pourriez m’apporter. Je sombre.
Nora
Bonjour Nora
Nous sommes très nombreuses à vivre difficilement l’arrêt des traitements. C’est le moment où l’on se sent abandonnée de tous et incomprise de l’entourage. Il faut que vous consultiez auprès d’un professionnel. Ne restez pas comme ça
Bonjour Caroline, je me permets de te contacter via ton commentaire car nous n’avons pas que le cancer du sein comme point commun et heureusement !
J’ai 33ans, une petite fille de 3ans, je suis arrêtée depuis 1an pour mes traitements qui se terminent en juillet. J’envisage ma reprise du travail à la fin de mes traitements mais je la crains…Car comme toi je travaille à l’hôpital en radio en tant que manip radio….Du coup, difficile de me projeter dans cette environnement…Comment as tu vécu ta reprise? As tu changé de métier pendant ces 10 ans qui ont suivi la découverte de ton cancer ? As tu arrêté de travailler pour profiter de tes enfants ?
Merci pour ton témoignage qui m’aiderait beaucoup.Et chapeau bas pour les 10 ans!
Emilie