Cancer du sein, si on en parlait …. vraiment !

 

capture-decran-2016-09-27-a-12-23-08La communication sur le cancer est un art difficile auquel s’essaient les médias grand public particulièrement durant le mois d’octobre.

« Le cancer du sein inquiète moins (Le Figaro) », « Cancer du sein, la chirurgie progresse et guérit (la Provence) » « Risque de cancer du sein, méfiez-vous de votre déodorant (Le Parisien) », « cancer du sein, révélations sur une crise sanitaire (L’obs) » peut-on lire dans nos quotidiens et hebdos cette semaine.

Oscillant entre le positif à tout prix et l’info angoissante sur les causes supposées du cancer, cette année, les journalistes tentent de diversifier le panorama habituel d’octobre rose et ses sempiternelles articles sur l’importance du dépistage. C’est tant mieux car on l’avait oublié depuis quelques temps, octobre était à l’origine un mois de sensibilisation au cancer du sein et non pas celui de la promotion du dépistage.

Attardons-nous sur le mot sensibilisation. La définition du Larousse est claire : « sensibiliser : Rendre quelqu’un, un groupe sensible, réceptif à quelque chose pour lequel il ne manifestait pas d’intérêt. »

Si nous transposons donc, nous avons un mois pour rendre les quidams sensibles à une maladie dont ils se moquent comme de leur première chemise.

Si on se réfère aux titres d’articles cités plus haut, afin de « sensibiliser » on parle prévention et facteurs de risque : « attention vous pouvez l’attraper à cause de (j’égrène en vrac) :  la pilule, les déodorants, les pesticides, le traitement hormonal substitutif, une première grossesse tardive, le choix de ne pas allaiter, si vous êtes en surpoids etc … MAIS, ne vous inquiétez pas le cancer du sein se guérit ! Du coup, pourquoi se faire peur hein ?

Pendant ce temps- là, les femmes qui ont eu la malchance de tirer le gros lot, subissent les traitements et leurs effets indésirables, essaient tant bien que mal de continuer à élever leurs enfants, de garder leur conjoint, perdent leur emploi parfois, baissent de niveau de vie souvent, n’obtiennent pas de prêts malgré un droit à l’oubli qui a fait lui aussi la une en son temps ….

Et quand les traitements finissent, alors que l’entourage souffle enfin, persuadé d’être débarrassé de la bête, elles continuent de trembler à la moindre alerte, à chaque contrôle et rechutent parfois car le cancer du sein ne se guérit pas aussi facilement que les journaux veulent nous le faire croire.

Bref toutes ces femmes tentent de vivre le plus normalement possible dans un monde pas toujours très au fait de la réalité de la vie avec un cancer et pour cause ….

Il est en effet  nécessaire de parler de prévention mais en vérifiant soigneusement les hypothèses et études sur les facteurs de risque que l’on cite. Le sensationnel plait aux journalistes et quoi de plus excitant que de sortir à la veille d’octobre une nouvelle étude accablant les déodorants. (thèse démentie par nombreux oncologues et chercheurs voir l’article du Figaro ce jour).

A l’inverse, la vision résolument positive qui consiste à dire que le cancer du sein se guérit a, il me semble, des effets hautement pervers.

Tout d’abord pourquoi faire attention et avoir une vie la plus saine possible si quoi qu’il advienne le cancer se soigne ?

De son côté, l’entourage ne peut que minimiser la maladie, et en rajouter une couche après la lecture des journaux : « Ne t’inquiète pas, le cancer du sein, ça se soigne bien maintenant », « On t’enlève un sein ? mais ça se reconstruit très facilement de nos jours », « Tu as peur de tes prochains contrôles ? Y’a pas de raison ! » et j’en passe ….

Enfin, que pensent les femmes qui récidivent de tout ça ? Comment expliquer que oui, elles ont suivi les traitements comme les autres, elles ont essayé d’avoir le moral (car c’est bien connu « le moral c’est 50% de la guérison » (sic)), elles ont mené une vie saine, fait du sport, manger 5 fruits et légumes par jour etc … elles y ont cru aussi …. Que pensent-elles de ces papiers dans lesquels on célèbre les survivantes, ces héroïnes du quotidien, celles qui ont vaincu le cancer, celles qui ont gagné la guerre ?

Sommes-nous obligés de faire peur à la ménagère de 50 ans qui accumule toutes les causes avérées ou non du cancer du sein ? Ou à l’inverse, sommes-nous vraiment contraints de parler du cancer comme d’une maladie aussi banale qu’un rhume ?

Ne peut-on pas tenter de parler de la vraie vie, du difficile quotidien des malades, de l’impact dans leur parcours de vie, des problèmes de réinsertion …. Il existe un tas de sujets qui pourraient permettre de sensibiliser le grand public, d’aider les gens à comprendre le cancer du sein, à mieux appréhender un proche malade sans pour autant verser dans le pathos.

Le cancer n’est pas un sujet glamour, je vous l’accorde, et j’imagine que les rédactions s’arrachent les cheveux afin de choisir un angle adéquat pour leurs futurs articles. Pourtant il suffit d’être justes, simples, sans fioriture, sans autre ambition que de parler de la vraie vie.

Alors Mesdames et Messieurs les journalistes, changez les paradigmes, pensez aux malades, parlez vraiment du cancer du sein, démarquez-vous  …. Osez !

Catherine Cerisey

 

Un article qui corrobore le post ci-dessus  concernant le dossier de l’Obs dont je parle plus haut : comment se construit une fausse alerte