« Nous sommes plus qu’un joli ruban rose »

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Une jolie jeune femme blonde apparaît sur la vidéo accompagnée d’une musique entrainante. Les premières secondes, on cherche  à imaginer sa vie :  habitante d’une petite ville américaine à la Peyton Place, une maison bien proprette, un boulot, des enfants adorables, un mari qu’elle aime, des copines avec qui elle fait du shopping, … Oui mais … car il y a un mais ! Holly Kitchen est atteinte d’un cancer du sein métastatique.

Elle ne parle pas dans le film. A l’instar de Bob Dylan dans son clip Subterranean homesick blues, elle égrène des panneaux avec des phrases, des phrases courtes, percutantes pour, dit-elle, expliquer, éduquer les gens sur la réalité d’un cancer dont on ne parle pas, un cancer qui fait peur, un cancer dont on meurt.

Combien de fois avez-vous entendu : « le cancer du sein, c’est celui que l’on soigne le mieux » ? Pour la plupart des personnes non concernées, le cancer du sein est un « joli ruban rose » qu’elles arborent en signe de solidarité en octobre. Ce sont les courses auxquelles elles participent de bon cœur pour aider la recherche. Ballons roses, tee-shirts roses, musique accompagnent ces manifestations festives qui célèbrent les survivantes. Oui mais … car là aussi il y a un mais, un grand mais : en France plus de 11 000 femmes par an en décèdent.

On ne guérit pas d’un cancer du sein métastatique, au mieux il devient chronique. Des phases de traitement alternent avec des phases de rémission, puis quand il se réveille, traitement à nouveau et ça tant qu’il existe des médicaments capables de retarder l’échéance.

Je fais depuis quelques années des réunions dans toute la France à destination de femmes atteintes d’un cancer métastasé. Ces rencontres sont toujours très riches d’enseignement, pleines d’émotion, d’échanges magnifiques. Car ces femmes sont merveilleuses d’intelligence, de pudeur, de force. Elles se battent contre un ennemi invisible, contre des phrases assassines qui les blessent : « tu vas t’en sortir » «oh mais tu as l’air en pleine forme,  tu n’as pas l’air malade », elles s’insurgent contre les gens qui les abandonnent parce qu’ils ont peur, contre la maladie qui les ronge, contre l’existence si injuste. Elles se battent pour leurs enfants ou petits enfants, pour leur conjoint, elles se battent chaque jour pour rester en vie ! Et lorsqu’octobre arrive avec ses rubans rose bonbon, elles pestent contre l’image biaisée que l’on donne de la maladie. Aujourd’hui, je pense à Catherine, Valérie, Pascale, Martine et tant d’autres que j’ai eu la chance inouïe de croiser, qui nous ont confié leur désarroi, leur combat, leurs peurs. Je pense à toutes les amies que j’ai perdues, qui ont laissé derrière elles des enfants, des maris, des parents dévastés par la douleur.

Non ! Le cancer du sein n’est pas rose. Comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, c’est le plus grand serial killer des femmes aujourd’hui. Un tueur en série qui frappe sans discernement, qui ravage des familles entières et ruine tous les espoirs des femmes qu’il décide d’attraper dans ses pinces.

Ce clip bouleversant est là pour montrer le vrai visage du cancer du sein. J’espère que le message d’Holly fera le tour du monde.

 

Le clip d’Holly :

 

Catherine Cerisey

Holly Kitchen est décédée il y a quelques jours de son cancer

Merci au Docteur Jean-Gabriel Jeannot qui m’a permis de découvrir l’histoire d’Holly

 

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