Si tu existes, où es-tu?

Capture d’écran 2015-11-16 à 16.19.02

Après l’avoir dans le même temps remercié d’avoir épargné mes enfants et maudit de me faire subir le calvaire de la maladie, très vite, j’ai laissé tomber Dieu. Je me suis demandé pourquoi il m’avait tourné le dos ? « Qu’avais-je fait au bon Dieu pour tomber si gravement malade ? » Au « pourquoi moi ? » du début du voyage, a succédé le « pourquoi pas moi » qui laisse plus de place au hasard qu’à une quelconque explication d’ordre divin. Certes je ne l’ai pas imploré mais il ne m’a pas aidée non plus. Et je me suis donc débrouillée sans lui. Cela m’a été finalement assez facile car je n’ai jamais vraiment appris à prier.

En revenant des camps, mes grands parents, eux aussi avaient décidé de ne plus croire. Comme si la Shoah était la preuve que ce Dieu que l’on ne nomme pas chez nous, n’existe pas. Parce que face à l’indicible, ce n’était plus possible. Parce qu’aucun Dieu n’avait pu laisser se perpétrer ces massacres en série, ces abominations, ces actes d’une cruauté absolue. Ils ne nous ont pas appris à prier car ils ne priaient plus, eux qui avaient croisé la mort de près, qui avaient perdu des êtres chers, qui avaient imploré en vain un Dieu resté désespérément silencieux ….

Mais, dans le même temps, j’ai toujours considéré que les croyants disposaient de quelque chose de plus. Dans l’adversité, le malheur, pouvoir se retourner vers une entité bienveillante, m’a toujours semblé être une chance. Avoir la foi devrait pouvoir panser les blessures de l’âme. C’est d’ailleurs toujours avec grand plaisir que je rentre dans un lieu de culte à la recherche de je ne sais quelle réponse apaisante. Je m’imprègne de ces atmosphères si particulières, je déambule dans les allées, m’extasie devant les réalisations passées de tous ces hommes, peintres ou sculpteurs, qui ont mis leur art au service d’une religion, j’écoute les chants des chœurs, le silence, je vais même parfois jusqu’à allumer un cierge (on ne sait jamais!).

Quand j’ai récemment perdu mes parents, j’ai eu affaire de plus près à la religion. Les rituels de passage dans l’au delà, bien que différents selon les cultes, se ressemblent en bien des points. Ils sont là, non pas pour aider nos chers disparus mais bien pour accompagner notre deuil. Chez nous, on allume entre autre une bougie pour accompagner les âmes et les aider à quitter notre terre. Je l’ai fait pour mon père, puis pour ma mère. Et en regardant scintiller la flamme, j’ai espéré très très fort, qu’il y ait un au delà parce que c’était la seule façon pour moi d’imaginer les revoir un jour.

Ce weekend j’ai allumé d’autres bougies, pour d’autres morts. Ce n’était pas les miens mais ceux de toute une nation. Et des milliers de bougies ont scintillé pour eux.

Depuis que le monde est monde les hommes se battent, s’entretuent. Depuis que nous avons inventé Dieu, nous nous battons en son nom. Parce que chacun est persuadé que seul son Dieu est bon, qu’il est le seul en qui il faut croire, que ces préceptes, inventés par les hommes, sont les seuls qu’il faut suivre.

Aujourd’hui encore, au nom de Dieu, de jeunes hommes se font sauter au milieu de la foule, tirent à la kalachnikov sur la jeunesse d’un pays et terrorisent des millions de gens. Au nom de ce Dieu, ils nous déclarent une guerre d’une nouvelle ère, une guerre dont on ne veut pas.

Vendredi, le sang a coulé et aujourd’hui ce sont les larmes qui coulent à leur tour. Je regarde tous ces visages de jeunes hommes et femmes trop tôt disparus, j’écoute tous ces rescapés ou proches, si dignes devant la douleur, avec effroi.

Et j’ai envie de te demander une fois de plus pourquoi ? Si tu existes, pourquoi laisses-tu des hommes tuer d’autres hommes ? Si tu existes, pourquoi acceptes-tu tous ces massacres en ton nom ? Si tu existes, que fais-tu alors que nous pleurons nos morts ? Toi qu’on dit amour et qui provoques tant de haine, si tu existes, où es-tu ?

Toutes mes plus douces pensées vont à tous ceux qui de près ou de loin ont été touchés par les évènements de vendredi.

Catherine