Noémie

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J’ai vingt ans de plus que toi et voilà quelques années que je bourlingue dans la planète cancer. J’ai eu l’occasion de rencontrer des dizaines de femmes qui te ressemblent en bien des points : semblables dans leur combat, dans leur énergie mise à vaincre la maladie, dans leur désir de vivre envers et contre tout….

Mais tu es différente. Tu pourrais être ma petite sœur ou même ma fille (!). Peut être est-ce la raison pour laquelle j’ai envie de t’écrire aujourd’hui.

Le cancer du sein frappe de façon parfaitement arbitraire mais quand il survient au matin de l’existence, alors que tant de choses restent à vivre, tant de gens à aimer, tant d’endroits à explorer, tant de projets à mener à bien, on ne peut que crier à l’injustice.

Tu as été en colère, tu le racontes dans ta pièce, mais qui ne le serait pas ? Tu as eu peur aussi, mais qui n’a pas la frousse face à un ennemi que l’on n’attend pas, qui frappe sans prévenir, qui ronge, invisible, sournois, tapi en notre sein ? Et puis, tu n’as pas eu le choix que de te battre, comme un bon petit soldat dirait mon père, d’accepter les armes que l’on te proposait pour vaincre la bête, redoutables pour elle mais aussi pour toi.

On rentre dans ton histoire en souriant quand tu nous parles de tes rencontres avec tes nombreux médecins, on tremble avec toi à l’annonce des résultats des examens, on rit franchement de ta mère, de tes amies « Pénélope » et de leurs phrases cultes, on vibre à l’écoute de tes péripéties avec tes amoureux, pour enfin pleurer quand tu nous racontes avec franchise et sans chichi les effets indésirables des traitements auxquels tu as été confrontée.

Parce que oui, ton spectacle est cash. Tu n’édulcores pas, tu n’enjolives pas pour nous épargner, et même si tu as choisi l’humour comme fil conducteur, l’émotion, la grande, la vraie est au rendez-vous. Ton spectacle parle à tous parce qu’il est sensible, que tu ne mens pas, que tu nous livres sans pudeur ces trois années de vie avec une liberté de ton désarmante et une sincérité touchante.

Tu m’as confié ta peur de blesser, de faire mal, de mal dire…. En m’expliquant ton désir de ne pas déplaire, j’ai vu un voile furtif assombrir tes jolis yeux, ton sourire a disparu quelques secondes. Non, n’aie pas peur Noémie. C’est ton histoire, et la façon dont tu as choisi de nous la raconter t’appartient. Les émotions que tes mots suscitent en chacun de nous, malades ou pas, font appel à notre propre parcours plus ou moins douloureux. Certains ont apprivoisé, dépassé la souffrance d’autres ont peut être besoin de plus de temps.

Aujourd’hui, petit bout de femme pétillante et émouvante, à la fois sensible, fragile et si drôle, tu peux être fière de toi. Fière, car tu as fait quelque chose de ce cancer. Non seulement tu as gagné la bataille, mais tu te joues de la maladie tous les soirs devant nous. Tu lui fais un pied de nez, en riant d’elle, de toi, de la vie. Merci de partager ces moments avec nous, de nous ouvrir la porte de ton univers, de nous faire rire, pleurer avec toi et ça, c’est un sacré privilège, crois moi !

 

Je t’embrasse très fort

 

Catherine

 

Pour aller applaudir Noémie Caillault au théâtre du Petit Saint Martin, les jeudi, vendredi et samedi, c’est ici.

Pour lire l’histoire de Noémie et voir un extrait de sa pièce c’est ici.

Crédit photo : © Lisa Lesourd