Pourquoi maman est malade ?

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Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui ce n’est pas moi qui vous écrit. En effet, je laisse la plume à ma fille Camille qui avait envie de partager avec vous son ressenti de jeune fille élevée à l’ombre d’une maman malade. En le lisant ce matin, j’ai été envahie d’un sentiment de grande fierté. Oui j’ai été très malade, très longtemps, oui j’ai réussi pour l’instant à faire taire la bête mais ce qui m’a toujours préoccupé au delà de tout, au delà de ma santé, de ma vie, ce sont mes enfants. Comment ont-ils vécu toutes ces années? Comment ont-ils traversé les épreuves ? Ce cancer a t-il perturbé leur existence à tout jamais ?  J’ai fait mon possible pour leur épargner les souffrances engendrées par la maladie, nous avons, leur père et moi, essayé de les préserver, de les élever comme les autres enfants … Ce matin, je sais que nous avons réussi, que les messages sont passés, que si cette accident de vie leur a apporté des larmes elle les a aussi grandi, et leur a permis d’être ce qu’ils sont.

Si je partage avec vous ce post c’est que je sais qu’il aidera certaines d’entre vous à avoir confiance en leurs enfants, en leur capacité à surmonter la douleur, et à grandir malgré tout. A avoir confiance en elles aussi, aux bienfaits protecteurs de l’amour maternel. Vous êtes des mamans aimantes et vos enfants poussent à l’ombre de cet amour. Peu importe si parfois vous êtes moins disponibles, plus fatiguées, vous les enveloppez de toute votre tendresse et Camille le prouve aujourd’hui, c’est cela qu’ils retiendront.

Quant à toi mon amour, tu es le soleil de ma vie, je t’aime au delà de tout. Profite de cette vie que je t’ai donnée même si nous savons qu’elle n’est pas toujours facile. Quoi qu’il arrive, quels que soient tes choix, je serai toujours à tes côtés. Je n’ai pas vaincu le cancer, c’est toi ma victoire !

Pourquoi maman est malade ?

Voilà la question que j’ai sûrement dû me poser des centaines de fois lorsque j’étais petite. J’emploie le terme « sûrement » car j’étais encore bien trop jeune pour me souvenir précisément des événements qui se sont déroulés dans ma petite enfance. Et déjà, le fait que je n’en conserve pas une idée claire prouve bien que cela ne m’a pas tant marquée que cela …. Si ? Car oui en effet, la maladie n’apporte pas que des effets négatifs, et nous n’en subissons pas forcément les dommages collatéraux. Un peu de « positive-attitude » dans ce monde tout noir et tout froid. Les chiens ne font pas des chats me direz-vous… Si je vous écris aujourd’hui c’est pour vous faire part d’une chose importante, pour vous exposer une idée claire et nette, et surtout pour vous apporter un message : avoir un parent atteint du cancer n’est pas forcément synonyme de traumatisme.

Nous sommes à la fin de l’année 2014 et j’ai 18 ans. Ma mère a appris l’existence de son cancer pour la 1ère fois au tout début de l’année 2001 alors que j’avais à peine 4 ans et mon frère 7. Nous avons donc grandi avec la maladie. Cela veut-il dire que nous avons moins bien grandi que les autres enfants ? Wrong Answer. Nous avons juste grandi différemment. Pour autant, je reste une jeune fille normale, et qui possède (malheureusement vous dira ma mère) le merveilleux comportement qui va avec. J’adore me plaindre pour un rien, je jubile de rendre folle mes parents, j’ai une fâcheuse tendance à faire du lèche-vitrine et une paire de chaussures pourrait me rendre intenable. Dire que le cancer fait parti du passé, ou même préférer penser qu’il n’a jamais existé serait mentir aux autres mais surtout à moi-même : la maladie a fait, fait et fera partie de ma vie et a crée la personne que je suis aujourd’hui. Cependant, aussi bizarre que cela puisse vous paraître, je suis fière de ce que je suis, et de ce que la maladie a pu nous apporter de « positif ». Je ne peux m’empêcher d’être emplie d’une vague d’admiration lorsque je repense à tout ce que ma famille a pu endurer et du chemin qu’elle a parcouru du début à la fin. Pourquoi être effrayée de ce que je suis devenue? Car oui, le cancer de ma maman, c’est également mon histoire. C’est la jeune fille que je suis aujourd’hui. Et même si maintenant je mesure 20 cm de plus qu’elle, elle sera à mes yeux toujours une guerrière, une héroïne.

Si j’ai cette rage de vaincre, ce goût de réussir et d’atteindre mes objectifs, c’est parce que j’ai vu ma mère se battre pour nous, pour son mariage, sa famille, sa vie. Ma maman, mon héros. Ces mots sont indissociables. Qui saurait me présenter un meilleur exemple : voir sa figure maternelle, sa référence se battre pour l’essence même de notre existence ? Vivre. Se battre pour respirer, apprendre, grandir, rire, s’épanouir. Se battre pour voir ses propres enfants grandir à son tour. Voilà le message que ma mère nous a transmis à mon frère et à moi-même ces 15 dernières années :

« On a qu’une vie les enfants, sachez en profiter.»

Et je peux vous dire que j’ai appris à l’écouter car elle sait de quoi elle parle. Aujourd’hui la relation que j’entretiens avec elle est fusionnelle. On crie beaucoup, on pleure un peu mais surtout on rigole tout le temps. J’ai une relation privilégiée avec elle car on se comprend et on est sur la même longueur d’onde. Nous n’avons aucun sujet et je lui accorde mon entière confiance.

Alors oui, bien évidemment je conserve un souvenir des moments un peu moins « plaisants ». Les séances de chimiothérapies, les nombreux séjours à l’hôpital et j’en passe. C’est dur de comprendre à 4 ans pourquoi sa mère ne se sent pas très bien et n’est pas capable de s’occuper de nous. Je ne vais pas vous dire que c’est chose aisée. Mais regardons une fois de plus le côté positif, nous sommes devenus relativement autonomes et nous savons faire la part des choses. De plus, ces souvenirs n’ont absolument pas effacé les autres et loin de là ! Ils n’obnubilent pas mes pensées et ne hantent pas mes nuits. Je garde aussi en mémoire mes vacances, mes fous rires, mes premières bêtises (qui étaient nombreuses) et même mon premier amoureux ! L’avantage quand on est encore si jeune, c’est l’insouciance. Le cancer de ma mère ne m’a absolument pas empêché de grandir et de m’épanouir normalement, cela m’a juste confrontée à quelque chose de plus grave et sérieux un peu plus rapidement. Cependant, je ne me suis rendue compte de la gravité de la situation que récemment. Est-ce que je me voilais la face ? …. Je ne sais pas. Ce qui est sûr c’est qu’accepter la vérité m’a pris quelques années, J’ai compris vers 13 ans, ce que sa maladie impliquait, et le 1er sentiment qui m’a parcouru a été le soulagement, puis la fierté.

C’est MA mère qui s’est battue. Et c’est MA mère qui a gagné.

Voilà le seul et unique message que je garde en tête.

Je pense que ce qui nous a aussi énormément aidé, c’est le fait que le cancer ne soit pas un sujet tabou. Il ne l’a jamais été et ne le sera jamais à la maison. Très vite, mes parents nous ont parlé de ce qui se passait, de façon imagée et simplifiée, mais la vérité était établie. Nous n’avons jamais été écartés du problème et toujours dans la confidence que quelque chose n’allait pas. C’est toujours plus rassurant d’entendre ses parents nous dire que « oui quelque chose cloche, mais nous sommes en train de l’arranger » que de s’inquiéter tout seul de son côté car on n’arrive pas à comprendre pourquoi ils sont stressés, énervés… La communication est la clé ! De plus, j’ai la chance d’avoir une mère qui a fait de son histoire son occupation principale, et qui aujourd’hui a su transformer sa faiblesse en force. Que demander de plus comme modèle ?

Je pourrais vous écrire tout ce qui me passe par la tête cependant ce ne serait pas un simple article mais bien un livre entier qu’il faudrait que je rédige ! Pour résumer, je dirai simplement que le cancer a été les vagues qui ont perturbé le fleuve tout tranquille de ma vie, mais il a également été aussi le bateau pour m’aider à le traverser. Un « mal pour un bien ». Je sais que tout le monde ne vit pas la maladie de la même façon, et mes mots ne sont sûrement pas valables pour tous. Cependant, je reste ferme lorsque je dis que je n’échangerai ma place pour rien au monde. Le cancer je n’en ai pas honte et ce n’est pas un vieux démon. C’est quelque chose qui m’appartient également et qui a construit la Camille d’aujourd’hui. Le cancer de ma maman, c’est une partie de moi-même.

Je tenais à terminer ce message par un petit mot à ma maman. J’ai l’énorme chance d’être la fille d’une femme extraordinaire qui m’inspire aujourd’hui respect, fierté, reconnaissance et espoir. Ton travail est remarquable, et tu restes une personne simple, heureuse, drôle qui a goût à la vie et foi en l’avenir, malgré toutes les épreuves que tu as pu endurer. La reconnaissance pour le travail que tu réalises aujourd’hui avec toute la communauté de patients et de femmes ou hommes concernés par le cancer est la meilleure des récompenses que tu puisses avoir. (#onvitd’amouretd’eaufraîchedanslamif). ( Si vous pouviez voir son sourire lorsqu’elle me lit les messages que vous lui envoyez… )

Ma mère, mon héros. Mais aussi ma mère, ma meilleure amie.

Maman, je te l’ai dit plus d’une fois, mais je te le répèterai encore : je t’aime et je suis fière de dire que je suis ta fille.

 

Camille