Fin de la parenthèse !

Blog XYZ

Le mois de septembre est revenu avec ses photos souvenirs presque jaunies par les couleurs d’automne, la nouvelle rentrée des classes et ses odeurs d’enfance, de nouveaux statuts Facebook  préfigurant la fièvre d’octobre rose, et aussi, ou plutôt surtout, mes rendez-vous pour mon contrôle annuel.

Mammo, écho, prise de sang et consultation rythment mon agenda depuis dix jours comme chaque mois de septembre depuis de nombreuses années.

Sérieuse angoisse et franc optimisme, tous deux aussi irrationnels, se mêlent depuis quelques jours dans mon esprit. Les bien-portants ne comprennent pas comment le stress peut perdurer au bout de tant de temps, tandis que les malades ou anciennes malades, pour lesquelles la vie a déjà basculé une fois, compatissent aux états gris souris de mon âme. Les mots d’encouragements de mes proches et de mes amis virtuels oscillent donc entre « courage » et « y’a pas de raison » au gré des vécus de chacun.

Cette année, pourtant, c’est plus discrètement que j’ai essayé de vivre cette attente d’abord pour mes amis et ma famille, parce que je pense avoir trop pollué leur vie avec mes peurs et qu’ils méritent que je les épargne enfin ; plus discrètement aussi pour celles que je croise souvent et pour qui le parcours commence ou continue, pour les protéger  un peu et par respect surtout. J’ai  donc vécu entre parenthèse, dans une sorte de schizophrénie : comme dans un cocon le jour, retrouvant mes démons, seule, la nuit.

Et puis le moment tant redouté arrive. Je serre les dents lorsque la machine infernale se resserre sur mon sein, tandis que les manipulatrices sans un regard se racontent leurs dernières histoires de cœur, lorsque le liquide froid de l’écho me paralyse face au radiologue souriant et se voulant rassurant, lorsque l’on me fait trop patienter dans la salle d’attente entre enfants turbulents, sages mamies absorbées dans la lecture des derniers tabloÏds, et messieurs perdus dans la consultation de leurs sms … Je revis l’angoisse de la seringue qui ne trouve pas ma veine, de l’infirmière qui désolée de me faire souffrir, tourne et retourne l’aiguille, des gouttes de sueur perlant sur nos deux fronts. Et puis, le stress de la traversée de Paris pour rejoindre l’hôpital dans lequel j’ai tellement pleuré et où je sais que je vais croiser tant de détresse.

Moi la e-patiente avertie qui prône haut et fort que nous avons des droits, qui veut être considérée comme une adulte réfléchie et capable de faire des choix, je redeviens petite fille face aux professionnels de MA santé qui ont le pouvoir de m’annoncer le meilleur comme le pire. Je m’observe atterrée de mon peu d’assurance, de ce peu de recul lorsqu’il s’agit de moi, de mon sort, de ma vie.

Bien sur j’ai appris à lire les analyses, à comprendre les comptes rendus, et, lorsque j’arrive à l’ultime rendez-vous je devrais savoir que tout va bien ; mais mon démon intérieur accélère les battements de mon cœur, et c’est les mains moites que je regarde la porte fermée de l’oncologue, dans cette pièce froide du CHU parisien dans lequel je suis suivie.

Une fois rentrée, usant de l’humour et de cette intimité qui me lie à mon cancérologue depuis 13 ans, je chasse les doutes en racontant des bêtises, tout en scrutant ses yeux penchés sur mes résultats,  ses haussements de sourcils quand il me palpe, son sourire quand il me demande enfin de me rhabiller. Ensuite nous pouvons échanger puisque lui et moi savons que tout va vraiment bien et que nous avons gagné encore un an sur la bête ! J’ai obtenu une fois de plus le visa qui va me permettre de lever les parenthèses que j’avais apposées autour de ma vie depuis ces quelques semaines et reprendre le cours de mon existence sereinement.

Cette année j’ai perdu deux amies très proches. Je sais que ce visa est une chance incroyable qui m’est donnée de pouvoir accompagner mes enfants encore un peu plus vers leur vie d’adultes, une chance de pouvoir être près de ma maman à la fin de sa vie, de profiter de mon deuxième amour pleinement, de partager fêtes et éclats de rire avec mes amis et d’essayer d’aller encore plus loin dans l’amélioration du parcours de tous les patients.

Ces derniers temps, j’ai pensé très fort à toutes celles qui rechutent, à cette injustice qui fait que le cancer du sein frappe sans discernement, à ses mamans, ses filles qui luttent au quotidien. Je voudrais avoir le pouvoir d’adoucir vos peines, vos peurs, être là pour chacune et pas seulement virtuellement. Je sais que ce n’est pas possible, je sais qu’il est impossible d’effacer cette souffrance, cette angoisse que nous connaissons toutes si bien et qu’aucune initiative, qu’aucun mot ne comblera le gouffre dans lequel vous vivez. J’espère seulement que mon exemple vous donnera un peu de force, d’espoir et mettra un peu de lumière dans vos ténèbres.

Merci à tous pour votre soutien, vos commentaires, votre présence ! Je vous embrasse tendrement et à très vite c’est certain !

Catherine