Journée mondiale contre le cancer, c’est reparti !

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Ce matin, la radio me réveille et le premier mot que j’entends est le mot « cancer »… Un instant surprise, encore ensommeillée, je réalise que nous sommes le 4 février et que c’est donc la journée mondiale contre le cancer. Mais entre un reportage sur la guerre au Mali et un sujet sur le mariage pour tous, cette journée va-t-elle trouver la place qu’on espérerait?

Je pourrais écrire un post sur le sujet mais en relisant ceux que j’avais écrit en 2011 et 2012, je me rends compte que ma perception n’a pas changé. Plutôt que de redire les même choses, je préfère publier à nouveau mes billets de l’époque et attend vos points de vue toujours enrichissants et pleins de bon sens. 

Mon article de 2011

Journée mondiale contre le cancer, pour qui, pourquoi?

Il existe des journées mondiales de lutte contre un peu tout :  le sida, le diabète, les sourds, l’écologie, le refus de la misère …. Aujourd’hui 04 Février, c’est le cancer. Une journée pendant laquelle nous allons donc entendre parler de la maladie : dépêches AFP, articles dans les journaux, reportages télé….   24 heures pendant lesquels on va parler, manger, dormir cancer, 24 heures pendant lesquels mes amis (malades) changeront leur statut sur Facebook, 24 heures pendant lesquels la santé 2.0 va twitter cancer … Mais personnellement, je m’interroge sur l’utilité de dédier cette journée à la maladie… Quels bénéfices allons-nous en tirer?

Parce que  le bilan du dernier mois d’octobre, mois entièrement consacré à la lutte contre le cancer du sein, n’est, somme toute, pas très positif. A-t-il vraiment changer les mentalités? A-t-il modifié en quoi que ce soit la vie de ces femmes malades, leur bien être, leur espérance de vie? Et du côté des « bien-portants », ont-ils changé leur façon de se comporter? Leur vision de la maladie a-t-elle été modifiée? Non… malheureusement. Je crois plutôt que ce long (très long) mois pendant lequel on a parlé dépistage, mastectomie, amazone …a fini par les lasser, les ennuyer et n’a absolument pas fait changer les choses d’un iota ! Peut être qu’effectivement 30 jours contre le cancer du sein, c’est trop…. c’est 29 jours de trop….

Alors quid  de ce 4 février? Une toute petite journée pour parler de dizaines de pathologies différentes qui touchent plus de 350 000 personnes par an en France et aura fait 84 millions de morts dans le monde entre 2005 et 2015 si rien ne change d’ici là (1)! Avez-vous entendu parler d’initiatives nationales qui pourraient avoir pour but de sensibiliser le grand public à ce fléau? Les associations de malades organisent-elles plus de manifestations ce jour là ?

Mais en définitif, que cherche-t-on vraiment? A sensibiliser le  » grand public » – ces bien-portants qui préfèrent faire l’autruche dans une ronde de « ça n’arrive qu’aux autres ». La prévention, le dépistage, la maladie, l’accompagnement… Soyons honnête, le fait de parler  prévention plus que les 364 autres jours de l’année, ou de vanter le dépistage à grand renfort de pub, films, affiches (si tant est qu’il y en ait)  va-il changer quoi que ce soit? … Je n’imagine pas un instant une multitude d’hommes et de femmes courant prendre rendez-vous samedi matin pour leur mammographie ou chez leur gastro-entérologue. Combien d’entre eux arrêteront de fumer, se mettront au sport, décideront de ne plus manger au Mc Do ou simplement appelleront un ami qui se bat? Je ne crois pas que ces gens encore épargnés aient envie de connaître le cancer, ses traitements, ses douleurs… Seules les personnes touchées et leurs proches seront à l’écoute…

Mais pour autant, les malades n’en tireront aucun bénéfice … si ce n’est à entendre au JT de 20h, une jolie journaliste, arborant une attitude de circonstance, leur présenter un état des lieux désespérant des statistiques, et  leur expliquer ce qu’ils connaissent déjà! Si toutefois, avec un peu de chance, l’actualité internationale nous laisse l’ouverture du journal! Un reportage de quelques minutes au moment du repas familial qui va plomber l’atmosphère dans les chaumières….

Bref, petit billet de (mauvaise) humeur en forme de coup de gueule sur une journée qui, j’en ai peur, ne changera rien. Un billet pour rappeler que les malades se battent au quotidien pas seulement en ce 4 février. Et sur ce blog, je continuerai à en parler tous les jours de l’année en espérant apporter une petite goutte d’eau dans la lutte contre ce fléau mondial !

Mon article de 2012

Arrêtons de sensibiliser, mobilisons !

84 millions de morts entre 2005 et 2015 voilà ce qu’on nous annonce dans les médias à l’aube de la journée mondiale contre le cancer. Ces chiffres sont éloquents et s’ils font peur à tous, il faut bien dire que les choses n’avancent pas assez vite en matière de cancer. Ni en terme de prévention, ni en terme d’accompagnement des malades … Et si les dépêches récentes de l’INCa nous parlent de grandes avancées de la recherche, on sauve actuellement beaucoup de souris mais pas encore assez d’hommes et de femmes.  Alors à quoi va servir cette toute petite journée sensée sensibiliser le public à ce fléau mondial? 

Sensibiliser, le mot est lâché ! Définition du dictionnaire « rendre réceptif à ». Très bien mais réceptif à quoi ? A cette maladie mortelle qui touche finalement tout le monde à travers un ami, un proche, un voisin? Soyons sérieux tout le monde est concerné, conscient, sensibilisé ! Tout le monde a déjà entendu ce mot qui fait trembler dans les chaumières, même les plus petits. Alors bien sûr, il y a les autruches qui, de toutes façons, détourneront savamment leur regard de toutes les affiches et spots Tv qui vont inonder notre quotidien ; et puis il y a les autres, les malades, les proches qui n’ont pas besoin d’une journée pour savoir de quoi il retourne !  Il est urgent de changer notre sémantique et de frapper un peu plus fort que ce qui est fait à l’heure actuelle, de parler vrai, de dire enfin les véritables problèmes et de leur faire face.

Parce que ce n’est pas sensibiliser qu’il faut faire mais bien mobiliser ! Un mot emprunté au champs lexical guerrier pour ce qui s’avère être un véritable ennemi… Mobiliser nos forces pour lutter tous ensemble. Parce que soyons honnêtes, on a beau faire des effets d’annonce sur des plans cancer miraculeux, ceux-ci ne sont pas beaucoup suivi d’effet justement. Ces plans chargés de tout régler, décidés par des énarques diplômés ; ces plans pensés, réfléchis, synthétisés, et présentés comme LA solution à tous nos maux, ne sont appliqués que partiellement et ne règlent finalement aucun problème. Pour exemple, le dispositif d’annonce du plan cancer I décidé par Jacques Chirac, très bonne mesure sur le papier, n’est toujours pas, faute de moyens, généralisé sur tout le territoire !
En matière de dépistage du cancer du sein nous sommes encore loin des 70% d’adhésion escomptés.
En ce qui concerne la prévention, à l’honneur cette année, la seule chose que l’on ait trouvé comme mesure phare contre le tabac, est l’augmentation du paquet de cigarettes qui se trouvent affublés depuis peu d’horribles photos que personne ne regardent plus !
Parallèlement alors que tant meurent encore, que nos médecins se refusent à prononcer d’autres mots que rémission, l’INCa nous dit haut et fort que 50% des cancers se guérissent. Alors que dans le même temps nos chers assureurs, banquiers, patrons continuent de nous considérer comme des parias ou des morts en sursis. Conclusion la convention AERAS  (s’assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé) , même si elle a été un peu améliorée, ne changent en rien les réalités et les mentalités et nous continuons à nous trouver mis au ban d’une société qui n’a que faire de ses rescapés.
Enfin que dire de ces campagnes publicitaires pensées par des agences complètement déconnectées de la réalité, destinées là aussi à sensibiliser le grand public et qui sont toujours à côté de la plaque !

Alors rêvons un peu et imaginons une journée de véritable mobilisation générale contre le cancer… Une journée pendant laquelle les chercheurs, soignants, malades, politiques, bien portants s’uniraient pour faire avancer les choses en matière de prévention, d’amélioration dans la qualité des soins, dans l’accompagnement et la réinsertion des malades. Imaginons nos indispensables chercheurs aidés par des donations qui afflueraient ; des politiques qui au lieu de décider entre eux, interrogeraient les vrais malades pour savoir ce dont ils ont besoin ; des voisins, des connaissances, des collègues, qui proposeraient d’aider chacun un proche touché à aller en chimio, garder les enfants ou faire les courses. Une journée de vrai rassemblement, de vraie solidarité …. !

Catherine Cerisey