Plan cancer III : le changement c’est maintenant ?

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J’ai eu le privilège d’assister à la journée de l’INCa la semaine dernière à la cité universitaire de Paris. C’est à cette occasion que notre président de la république, François Hollande,  a annoncé le lancement du  troisième plan cancer en 2014. Alors que l’évaluation du plan cancer II n’est pas terminée, quelles promesses et quels espoirs pour les malades ?

Ce plan cancer va s’articuler autour de cinq axes visant à réduire les inégalités, dont voici quelques pistes.

  • La prévention :
  1. Primaire avec la lutte accrue contre les toxiques responsables de nombreux cancers, notamment bien sûr le tabac et l’alcool.
  2. Secondaire avec le dépistage qui ne tient pas ses promesses.
  • La recherche qui doit être globale et  porter sur les causes mais aussi sur le suivi et l’après.
  1. Développement de la médecine personnalisée
  2. Développement des structures de recherche qui doivent permettre au maximum de malades d’accéder à l’innovation.
  • La prise en charge :
  1. Le vieillissement de la population et le risque qui augmentent avec l’âge, nécessitant un suivi rapproché des personnes âgées.
  2. Le cancer devenu maladie chronique qui induit un nécessaire suivi en ville notamment par le médecin traitant.
  • La formation :
  1. Augmentation des médecins oncologues
  2. Formation des médecins au suivi spécifique des malades atteints de cancer
  • La vie pendant et après le cancer
  1.  Continuité de la vie professionnelle
  2. Insertion et accès des malades à une vie sociale « normale » tant au niveau professionnel que dans la possibilité d’obtenir un prêt bancaire ou une assurance.

Si l’on regarde les propositions, elles ne peuvent que nous réjouir. Mais, on peut s’interroger sur les résultats d’un projet plus qu’ambitieux alors que les bilans des deux premiers plans ne sont pas vraiment probants ( un dispositif d’annonce pas appliqué sur tout le territoire, un après cancer toujours aussi difficile avec une nouvelle convention AERAS (s’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé) compliquée à mettre en place  …).Bien entendu, bien d’autres problèmes soulevés notamment par Jean-Daniel Flaysakier sur son blog ne sont pas abordés : par exemple le manque d’accès aux onco-psychologues et plus généralement aux soins de support, ou la prise en charge de la sexualité, problème récurrent soulevé par de nombreux malades.

Il est tout de même important de rappeler, que le cancer possède des plans et que d’autres maladies tout aussi graves n’en disposent pas. Preuve en est que l’on se préoccupe de nous ! Et ce troisième opus, s’il porte ses fruits, va permettre d’améliorer grandement la vie des malades.

Mais, parce qu’il y a un ou plutôt des mais.

Quelles solutions concrètes vont être mises en place ? Que dire de ce dépistage qui pour l’instant ne recueille pas l’adhésion des personnes concernées, et pour cause face à des polémiques successives, les pouvoirs publics répondent pour l’instant par des campagnes décalées ? Quid de la prévention primaire grande oubliée de la recherche et de l’éducation ? Va-t-on enfin mettre en place des actions concrètes et surtout globales incluant d’autres ministères comme celui de l’Education Nationale ? Et la formation des médecins à l’oncologie, inexistante pour les autres spécialistes, pourtant de plus en plus confrontés à des malades atteints de cancer?  Va-t-on les obliger à suivre une formation spécifique alors qu’ils sont déjà débordés? Les entreprises vont-elles être contraintes d’embaucher un cota de malades ? Les banques et assureurs seront-ils pénalisés en cas de refus d’accès au crédit pour les patients?

Et puis, pourquoi donc attendre encore un an pour commencer ? Les malades le sont aujourd’hui et attendent des effets immédiats, pas des solutions pour demain. Que leur répondre quand, après plusieurs lignes de chimios, leur seule chance réside dans l’entrée dans un essai thérapeutique auquel ils n’ont pas accès à l’heure actuelle? Ils n’ont pas le temps d’attendre 2014, ils ont besoin d’actions maintenant !

Enfin et j’aimerais dire surtout,comme le souligne Cancer Contribution, puisque pour François Hollande, « le patient est acteur de son traitement », il faut qu’il soit aussi acteur du changement ! On ne peut plus faire l’économie de leur participation active dans les décisions qui les concernent. Il ne s’agit plus pour nous d’avoir un rôle consultatif mais il faut que nous ayons un rôle participatif dans l’élaboration des nouvelles mesures. Et que ce plan cancer III soit le premier à être réellement co-construit par tous les acteurs du système.

Monsieur le Président, soyez sur que nous attendons donc avec une grande impatience votre plan et espérons que vos actions seront à la mesure de votre ambition et de nos attentes !

Catherine Cerisey

Pour lire le discours de Monsieur François Hollande, c’est ici.