Polémique sur le dépistage : et si on laissait les femmes décider ?

Et voilà Octobre rose n’a même pas montré le bout de son nez, qu’à la faveur d’une nouvelle étude récemment publiée, la polémique sur l’intérêt du dépistage fait déjà rage sur le net . Les pour et les contres s’en donnent à coeur joie, et s’envoient à la figure les différentes thèses sur le sujet, toutes contradictoires, chacun persuadé d’avoir raison et bien entendu restant fermement ancré sur ses positions  …  Mon propos ici n’est pas de statuer sur le bien fondé de telle ou telle analyse, (des arguments intéressants existent de part et d’autres) mais de soulever un problème que tout ce beau monde semble oublier :  le droit de chaque citoyen(ne) à disposer de son corps et à décider pour sa santé comme il (elle) l’entend !

Mais bien sûr se pose le problème de l’information … celle-ci nous parvient d’une part par les médias (et j’inclue bien sûr internet) et d’autre part par nos soignants. …. Or les journaux traditionnels titrent que la mammo sauve des vies tandis que des blogueurs, médecins, citoyens, fervents opposants de l’examen, démentent haut et fort la véracité des premiers. (Etonnement peu voire pas de patientes …). Comment s’y retrouver? Avouez qu’il y a de quoi en perdre son latin !

Evidemment, je me dis, plutôt que de croire ce que disent les journaux, il vaut mieux aller voir son médecin. Oui mais nos médecins ne nous donnent pas forcément l’information juste à savoir cette fameuse balance bénéfice/ risque. Alors dans ces conditions comment pouvons nous statuer entre l’ acceptable et l’inacceptable ?

Mais avant tout, c’est quoi cette balance bénéfice/risque?  En médecine le blanc et le noir n’existent pas, on navigue toujours dans le gris, plus ou moins clair… pour le problème qui nous concerne il est avéré que la mammographie comporte des risques –  elle induit un faible pourcentage de faux positifs, de sur-diagnostics et irradie notre corps ; et comporte des bénéfices –  elle permet de détecter des cancers plus petits et donc en découlent des traitements moins lourds. Chacune doit avoir la capacité de faire son choix et de décider quel(s) risque(s) elle est capable de prendre…

En effet, nous sommes seules à pouvoir décider pour nous-mêmes, ce n’est pas aux médecins de le faire pour nous ! A nous de nous poser les bonnes questions : suis-je prête à supporter que l’on me découvre un cancer inexistant et à subir d’autres analyses ou à recevoir une irradiation pas vraiment anodine tous les deux ans (comme toute irradiation cela dit) ou est-ce que je préfère savoir si je suis en train de développer un cancer naissant dans mon sein et mettre toutes les chances de mon côté pour le traiter au plus tôt? Nous devons avoir la possibilité de choisir ce qui nous semble le plus approprié pour nous- même et cela n’est possible que si les médecins plutôt que de prescrire, sans un mot ou une explication (compréhensible) expliquent aux patientes pourquoi ils leur demandent d’effectuer cet examen. Donc qui dit bonnes questions, dit bonnes informations !

Il faut quand même savoir que prescrite ou pas, systématique ou pas, je n’ai jamais vu personne obliger une femme à aller se faire dépister. Ni un médecin ni aucun gouvernement. Certaines vont faire leur mammographie bien avant leurs 50 ans, d’autres refusent d’y aller même après avoir reçu leur convocation pour la faire. (Je rappelle que le dépistage systématique est mis en place en France pour toutes les femmes entre 50 et 74 ans).

Ceci prouve bien que le médecin (ou les pouvoirs publics) proposent et les femmes disposent…. oui mais disposer quand on ne connaît pas les tenants et les aboutissants n’a aucun sens.

Alors plutôt que de se battre en faveur ou contre la mammographie de dépistage, pourquoi ne discuterions-nous pas tous ensemble de l’information à laquelle chacun est en droit de prétendre… de cette fameuse décision partagée entre soignants et patients qui disposeraient tous deux des mêmes éléments de réflexion?

Enfin pour terminer, je vois poindre d’ ici les épées des opposants parlant finance, déficit de la Sécurité Sociale … J’entends bien tout ça mais simplement j’aime à croire que si la plupart des pays européens ont mis en place un dépistage systématique depuis quelques années, c’est après moultes judicieuses et coûteuses analyses qui ont attesté que le bénéfice de la population ciblée était supérieur au risque… Alors, comme dit ma fille, moi je dis ça, je dis rien !

Catherine Cerisey