Faut-il jeter son soutif aux orties ?

Il y a quelques mois, je suis repassée par la case chirurgie afin de faire remplacer mes prothèses qui avaient fait leur temps. Malheureusement, cette nouvelle reconstruction qui me ravissait, a commencé, il y a quelques jours, à changer d’aspect. Mon sein récemment opéré pointe son nez franchement vers la droite et le sillon au centre de ma poitrine qui devrait faire apparaître un joli décolleté est devenu désespérément plat d’un côté ! Panique à bord, en plein week-end Pascal, je décide, en bonne e-patiente, de chercher l’explication sur internet. Quelle n’est pas ma surprise en lisant que ma prothèse a probablement décidé de tourner de 90° dans mon sein. Et comme elle n’est pas ronde mais anatomique pour donner l’illusion d’un vrai nichon, voilà mon sein complètement déformé…. Etais-je responsable : mauvais mouvement, position inadéquate la nuit, port de soutien-gorge à armatures…? Bref une multitude de questions m’ont assaillie.

Au hasard de mon surf sur le web, je suis tombée sur une étude concernant le rôle du soutien – gorge dans l’incidence du cancer du sein. Bien entendu, un peu sceptique, j’ai fouiné ici et là. Cette thèse émane de deux anthropologues américains Sydney Ross Singer et Soma Grismaijer  qui ont écrit en 1995 un livre intitulé : « le soutien-gorge et le cancer du sein, une lingerie de séduction dangereuse« . Les habitudes de 4700 femmes ont été passées au crible et pour faire court, la conclusion est que si vous portez un soutien-gorge plus de 18 heures par jour, vous avez 100 fois plus de risque de développer un cancer du sein. Pourquoi? Et bien, d’après les auteurs,  en comprimant la poitrine, le soutien gorge entrave la bonne circulation des flux dans lesquels les toxines sont  eliminées via, entre autre, le circuit lymphatique. De plus nos seins seraient bien au chaud dans leur cocon de dentelles et les poitrines cancéreuses ou pré-cancéreuses ont comme par hasard une température plus élevée que les saines. Et voilà, le pas est franchi : le port du soutien-gorge peut vous tuer ! Précisons que nos deux larrons n’ont jamais été publiés dans aucune revue scientifique à ce jour.

Le site Terraeco.net a  interrogé l’INCa et l’Institut Curie qui, vous l’avouerez, ne sont pas les pires références que l’on puisse trouver en la matière. Leur réponse a été claire : Aucune étude scientifique n’est venue corroborer les dires des anthropologues et leurs propos ont été traités de « fantaisistes« par les deux institutions. Le docteur Marc Espié du centre des maladies du sein de saint Louis à Paris d’ajouter : « Le seul risque que courent des femmes qui portent des soutiens-gorges c’est, pour celles qui en choisissent des trop petits pour un effet « push up », d’avoir les baleines qui leur rentrent dans le sein, créant des lésions bénignes mais absolument pas cancéreuses »,

Alors comment ces propos peuvent-ils faire de nouvelles adeptes du topless? Le docteur Susan Love auteure et directrice médicale de la fondation de recherche sur le cancer du sein à Pacific Palissades (USA)  a son explication qu’elle a confiée à la revue Scientific American : « le mythe du soutien-gorge vient de la frustration de ne pas savoir ce qui cause la maladie, associée à un désir que celle-ci vienne de l’extérieur, d’un élément qu’une femme pourrait contrôler.  »

Quant à moi, j’ajouterai ce qui me semble constituer une autre raison à l’irrecevabilité de cette étude : d’une part, la mode du soutien gorge a fait suite à celle du corset bien plus serré et inconfortable que le premier et sans risque apparent pour les femmes de l’époque. D’autre part,  le soutien-gorge apparaît à la fin du XIXème dans nos contrées occidentales et c’est seulement depuis une trentaine d’années que l’on voit son incidence galoper .

Bref encore une théorie fumeuse mais qui malheureusement fait peur  aux personnes crédules et un peu fragiles… En conclusion, seins nus ou soutifs sexys, c’est comme vous le sentez !

Catherine Cerisey

PS : Ah oui pour finir ce post, sachez que j’ai dare dare appelé mon chirurgien que je revois dans 10 jours pour soit essayer de la remettre d’aplomb manuellement (brrr), soit planifier un nouveau passage sur le billard :(. Et pour rassurer tout le monde, aucune explication rationnelle à ce mauvais tour que m’a joué ma prothèse, ça arrive, c’est tout :(.