Une victoire partagée

Je rentre à l’instant de mon rendez-vous annuel avec mon cher cancérologue. Cela fait 11 ans, que de façon métronomique, il me fixe ces rendez-vous pendant lesquels j’ai droit à un shake up complet sensé me rassurer et, je l’espère à chaque fois, me libérer de tout stress pour un an. Onze années pendant lesquelles ces cellules anarchiques qui ont envahi mon corps ont décidé de me laisser tranquille.

Chaque fois que je sors de son cabinet, je me dis que, non, décidément non l’année prochaine je ne me laisserai pas rattraper par cette angoisse, cette terrible peur qui me taraude pendant les quelques semaines qui précèdent ces contrôles. Pourtant depuis tout ce temps, le mois d’août est un enfer pendant lequel mes vieux démons viennent me chatouiller à nouveau.

Impossible de me raisonner. Je sais pourtant que, plus je m’éloigne de la période des traitements, plus le risque de rechuter s’amenuise. J’entends mes amis me dire qu’il n’y a pas de raison aujourd’hui qu’IL revienne. J’essaie de positiver…  Mais rien n’y fait. Une voix satanique me rappelle toujours que la probabilité de récidiver existe même si elle est infime. Je sais aussi que si l’on compare le pourcentage de risque de tomber malade d’une femme lambda et le mien, la balance ne penche pas en ma faveur.  Je sais enfin que TOUT est possible.

Aujourd’hui j’ai une fois de plus obtenu mon passeport pour la liberté. Mais je ne me sens pas aussi légère que d’habitude. Peut être le fait de vous voir toutes vous battre au quotidien, de savoir que certaines rechutent ou perdent la bataille, entâche un peu ma joie. J’entends déjà les mauvaises langues me dirent : « tu vois lâche ce blog, oublie le cancer, repars dans la vraie vie ». Pourtant pour rien au monde je ne vous abandonnerais. Comme je vous l’ai déjà dit, j’écris, non seulement pour vous informer, vous soutenir, mais aussi pour vous dire tout simplement que c’est possible, que la victoire, si elle n’est jamais définitivement acquise, est au bout du chemin. Je me dois d’être là avec ce recul qui légitimise un peu ma présence auprès de vous. Et puis, vous m’apportez tant. Depuis quelques jours, ne se passe pas un instant sans que je reçoive un mot d’encouragement, de soutien. Ces chaînes de solidarité qui se créent entre nous sont absolument extraordinaires. Pour ça merci à vous, sincèrement :-).

Alors, soyez en certaines, je continuerai à me battre cette année encore pour porter votre parole auprès de tous, pour que nous malades soyons enfin considérés à part entière comme des acteurs de notre « guérison » . Je continuerai à défendre mes convictions, à essayer de modifier les choses pour que le parcours vous soit moins difficile, à aider et soutenir les chercheurs ou toute initiative qui peut faire avancer la lutte contre ce fléau.

J’aimerais sincèrement que cette liberté retrouvée vous aide à y croire, vous aide à continuer à vous battre. J’aimerais sincèrement que ma victoire vous apporte de l’espoir, et que finalement elle soit un peu NOTRE victoire.

Je vous embrasse

Catherine

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