reprendre son travail après un cancer : état des lieux

Un colloque sur le sujet a eu lieu cette semaine à Paris organisé conjointement par L’ARC et l’INCa, intitulé « Cancer et travail, où en est-on? ». En lisant les divers compte rendus parus dans la presse, je me suis aperçu, que les choses n’avaient pas beaucoup évolué depuis 10 ans. Mon expérience est malheureusement encore très représentative de ce que les femmes doivent affronter aujourd’hui. En effet, j’ai été licenciée 3 ans après la découverte de mon cancer du sein, au bout de 18 ans de bons et loyaux services dans la même entreprise! Mon arrêt, sans doute trop long, a lassé mes employeurs qui ont eu vite fait de me remplacer.

Alors, qu’en est-il exactement aujourd’hui? Une étude effectuée auprès de jeunes femmes atteintes d’un cancer du sein, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, indique que bon nombre d’entre elles ont changé de métier après la maladie. . « A peine 15% ont retrouvé la même situation professionnelle« , lit-on dans Libération.
Les experts de la conférence ont par ailleurs noté de grandes disparités entre les différents milieux socioprofessionnels : et si les cadres arrivent bon an mal an à retrouver leur emploi (2 sur 3), les personnes en travail précaire, les agricultrices ou les ouvrières se retrouvent bien souvent sans revenus ou au chômage après leur arrêt maladie. Une autre étude réalisée par l’INSERM révèle que vingt-huit mois après le diagnostic, une femme sur cinq n’a plus d’emploi!

Certaines le font par choix  : les priorités ont changé, la vision de la vie aussi et s’occuper de ses enfants, flâner, profiter de l’existence sans stress devient une évidence. Mais encore faut-il en avoir la possibilité ! Quelques unes préfèrent continuer à travailler pendant les soins, parfois de peur de perdre leur travail. En revanche beaucoup sont arrêtées pendant de longs mois. Or les entreprises ne jurent que par la performance, la disponibilité, et l’engagement indéfectible de leurs salariés.  Et, on le sait, un malade est souvent diminué par les effets des traitements. Aux arrêts répétitifs viennent s’ajouter des problèmes de concentration, de rapidité, de motivation même parfois. Est-ce compatible avec la politique des employeurs? A leur décharge, on peut imaginer que l’organisation d’une société devient difficile lorsqu’elle doit se passer d’un responsable ou chef d’équipe, pendant des arrêts qui se prolongent. Pourtant embaucher des intérimaires ou des personnes en CDD est une solution comme celle de réorganiser, pour un temps, les services. Bien entendu, ce n’est pas possible pour tous les métiers, tous les postes mais un peu d’humanité dans le monde impitoyable du travail ne serait pas un luxe!

Mais, plutôt qu’un problème d’organisation, n’est-ce pas tout simplement le cancer qui fait peur : peur de la récidive, peur de l’absentéisme qui peut à tout moment poindre à nouveau le bout de son nez, peur de la baisse de performance, du manque d’investissement….

Parce que soyons honnêtes, malgré tout, il n’est pas rare de voir des mises au placard ou des licenciements véritablement abusifs. Dans ce dernier cas, comment retrouver un nouveau travail? Comment justifier un an, voire plus, de « trou » dans un CV? Là encore, la discrimination existe et à compétences égales, le bien portant se verra offrir le poste face à un ancien »cancéreux ». La solution bien entendu, paraît évidente : mentir…. comme nous devrions le faire auprès des assurances ou des banques qui elles aussi stigmatisent les anciens malades. Est-ce raisonnable?

Pourtant l’AFP rappelle que « la mesure 55 du Plan Cancer II vise à améliorer les dispositifs de maintien dans l’emploi et le retour à l’emploi pour les patients atteints de cancer« . Et Monsieur Maraninchi, président de l’INCa, nous rebat les oreilles en nous parlant de la « guérison » d’un grand nombre de cancers, guérison censée nous normaliser. Dans le même temps, malheureusement, les employeurs continuent la ronde des licenciements et des personnes se retrouvent face à une double peine ingérable et inacceptable.

Ce colloque a permis de se poser des questions concernant le retour à l’emploi après un cancer. Maintenant il est urgent de trouver des solutions parce que les malades ont besoin de travailler pour des raisons financières évidentes bien entendu, mais aussi pour se sentir à nouveau comme tout le monde : guéri! Il faut donc espérer que ces nombreuses études dont les résultats ont été analysées cette semaine permettront un changement radical dans les mentalités!

Sources : santenews.eu/mutualite.fr/rtl.fr/Libération/AFP

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