quand les magazines s’impliquent dans la lutte contre le cancer du sein – mini revue de presse

Pour le 200ème article de mon blog, et le début du mois de novembre qui sonne le glas de notre mois rose, j’ai décidé de vous parler de quelques magazines qui ont récemment titré sur le cancer du sein .

Et dans un premier temps, je vous présente un magazine néerlandais « pink ribbon » qui est publié une fois par an, au mois d’octobre bien sûr. Entièrement dédié au cancer du sein, 100% des ventes sont reversées à des associations. Entreprise plus que louable, c’est certain mais c’est surtout l’énorme campagne de pub faite autour de sa sortie, film vidéo, photographies chocs, qui m’a interpellée. Rien n’est laissé au hasard par l’agence en charge de la promotion. Pour preuves voilà les affiches :

Les images sont belles, les slogans bien vus, percutants ou émouvants et la vidéo n’est pas en reste :

Les ventes de l’année dernière ont rapporté 985 000 euros et ils espèrent atteindre le million avec la mouture 2010. Malheureusement, impossible de me le procurer afin de voir si le contenu est à la hauteur de la campagne. 😦

Alors bien entendu, je m’interroge : trouve-t-on pareille initiative ailleurs? Une revue ultra rapide  et non exhaustive des parutions de ce mois d’octobre m’a semblé pertinente :

Et à l’étranger d’abord avec le magazine canadien Clin d’oeil entièrement rose que j’ai eu la chance de recevoir hier, grâce à mon amie Colleen (@Colleen_Young) de Twitter. Le mot de la Directrice m’a éclairée tout de suite sur la motivation à éditer un numéro tel que celui-ci : elle a en effet, perdu sa mère emportée par un cancer du sein à 50 ans… . A sa lecture, j’ai été très agréablement surprise. Tout au long de ses pages, le journal explore en effet, un grand nombre de facettes de la lutte contre la maladie  : les actions, le bénévolat, la recherche, la chirurgie, les amies, la résilience… ponctuent articles et chroniques avec malheureusement, et ce sera le seul point négatif, un peu de publicités rose hors de propos. Le magazine  publie également des photos en noir et blanc de femmes asymétriques réalisées par le collectif canadien Photosensitive (dont je vous parlais dans un de mes posts –ici) , le tout sans fard et sans détour. Bien sûr, tout ceci est cerné par le glamour, les publicités pour cosmétiques et les pages mode et beauté mais il y a un grand mérite à oser bousculer un peu les tabous pour un journal féminin comme celui-ci. Une belle réussite en tout cas.

En France, j’ai choisi trois magazines assez représentatifs. Marie Claire, tout d’abord, qui l’année dernière avait crée le buzz en exhibant les seins de quelques célébrités, et qui a publié, cette année, un minuscule article : « comment soutenir une amie malade ». Intéressant et plutôt dans l’esprit du magazine, il n’a néanmoins rien à voir avec l’incroyable engagement pour le dépistage précoce qu’avait montré le journal en octobre 2009. Alors lassitude, ou politique commerciale? N’aurait-il pas été possible de faire, à l’instar de son jumeau canadien, (Clin d’Oeil), un numéro rose, qui aurait montré l’implication d’une rédaction concernée par le cancer? Celui-ci ne ferait-il pas vendre à moins de montrer des femmes nues?

C’est probablement ce qu’ont pensé les journalistes de la Parisienne (le magazine version féminine du Parisien) qui ont demandé à 5 actrices de poser nues contre le cancer du sein. Plagiat, coup de pub? Je pencherais volontiers pour les deux. En effet, internet n’a parlé que des seins (superbes par ailleurs)  de Vanessa Demouy  ce qui a permis au journal de bénéficier d’un super coup de projecteur  ; et l’idée, vous l’avouerez,  ressemble à s’y méprendre à celle de Marie Claire. Mais ne soyons pas trop mauvaise langue. L’article a le mérite de s’étendre sur le pourquoi de ses poitrines exposées, et les célébrités expliquent leur engagement dans le cancer du sein. Céline Lis, journaliste et auteur de l’Impatiente (édition JC Lattès) bénéficie également d’une page dans laquelle elle raconte sa « guerre ». Elle y parle avec douceur, espoir et clairvoyance de sa fragilité naissante, cadeau empoisonné que lui a laissé la maladie. J’ai décidé quand même de vous épargner les images qui, à mon avis,  n’apportent rien au sujet. Bref, des photos malvenues, mais un article qui se laisse lire (merci à Odile de m’en avoir fait parvenir un exemplaire :-))

Enfin, le Prima consacre sa page santé bien être, à « vivre avec un cancer du sein ». J’ai une préférence certaine pour cette parution française, ne serait-ce que parce qu’elle donne la parole à deux de mes amies : Anne Laurence Fitère, fondatrice du site la maison du cancer et Catherine Malhouitre créatrice du souti1, premier soutien gorge pour un seul sein. Le choix de leurs interlocutrices est donc pertinent ;-). Malheureusement, dans un article de deux pages, les journalistes n’ont pas eu le temps d’aborder toutes les questions. Elle parlent, néanmoins, de sujets importants comme la fatigue, l’alimentation, la gestion de la douleur, la reconstruction mammaire (ou pas), la dépression ou les médecines complémentaires. Pas de nichons ou de photos chocs mais un bon article octobre rose, donc.

Les autres journaux français n’ont pas ou peu parlé du cancer du sein excepté quelques articles parsemés ici ou là. Pourquoi, sans aller jusqu’à la réalisation d’un « pink ribbon » ou d’un magazine entièrement rose, la presse féminine ne s’investit-elle pas plus chez nous? Le mois d’octobre serait-il définitivement rose pâle dans les rédactions françaises? Des questions que je me pose aujourd’hui pour lesquelles mon manque flagrant de réponse acceptable n’a d’égal que ma déception :-(.

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