pourquoi moi?

Hier soir sur Twitter, une conversation s’est engagée sur l’éventuelle origine psychologique du cancer. Laquelle d’entre nous ne s’est jamais posée la question du « pourquoi moi » ? En ce qui me concerne, je me suis interrogée pendant des mois, assise face à mon onco psychologue, fouillant dans mon passé, cherchant désespérément une raison qui expliquerait mon triste sort.

Style de vie, alimentation, environnement, origine psychologique, familiale, le Bon Dieu ou la faute à pas de chance  …. Etais-je responsable, coupable, victime ?

Bien sûr, je sais pertinemment que jusque là je n’ai  pas eu une vie exemplaire : fumeuse pendant longtemps, épicurienne, j’ai sans doute profité plus que de raison. Mais depuis quelques années je m’étais assagie. Et puis quel jeune de 20 ans ne croque pas la vie sans penser aux conséquences ?

Attentive à mon poids j’ai toujours eu une alimentation si ce n’est véritablement méditerranéenne, en tout cas parfaitement équilibrée et je suis d’une corpulence tout à fait acceptable.

Malheureusement je suis parisienne et respire depuis ma naissance les fumées des pots d’échappement des voitures. Mais tous les citadins ne contractent pas un cancer !

J’ai pris un contraceptif oral pendant quelques années avant d’avoir mes deux enfants.Il semblerait que les pilules micro dosées ne soient pas incriminées par les médecins.

J’ai lu bien sûr, de nombreuses études faites sur les déodorants et antiperspirants. Et si je réfléchis bien, j’ai du me raser les aisselles près d’un millier de fois et utiliser des déodorants gorgés de parabène et de sels d’aluminium ! Mais mon cancérologue me rétorque que si les déodorants étaient vraiment en cause il y aurait beaucoup plus de cancers bilatéraux.

On a cherché également du côté de la piste génétique et là aussi, les chercheurs sont restés bredouilles devant mes échantillons sanguins ! Ca aurait été tellement plus confortable pour moi de pouvoir accuser mes aïeux …

Il y a quelques années encore, comme pour le sida, certains se risquaient à évoquer une justice divine !!!  Comme la plupart d’entre nous, j’ai du faire du mal à certains, je n’ai surement pas été irréprochable. Mais pourquoi serais-je punie plutôt que ma voisine infiniment plus aigrie et peste que moi ? Et puis pour tout avouer, non seulement je trouve cette explication absolument dénuée de bon sens et extrêmement choquante, mais en plus je n’ai pas la chance de croire.

Alors effectivement, pourquoi ne pas chercher une origine psychologique. Dans l’imaginaire collectif, un cancer est souvent associé à un choc émotionnel qui serait le déclencheur. Mais aucun drame ne m’a touché dans les années précédent ma maladie Ma vie prenait même depuis quelques temps, un tour particulièrement agréable : enfants, mariage, promotion professionnelle, tout me souriait !

L’incertitude est si insupportable que j’ai quand même fini par trouver une cause acceptable à mes yeux. J’étais une working girl tiraillée entre un boulot tentaculaire et des enfants petits réclamant leur mère. Les problèmes pécuniaires m’ont empêché de prendre la décision de m’arrêter quelques temps, pour souffler un peu. Alors pourquoi ne pas imaginer que mon corps ait  finalement pris le pas sur mon cerveau et ait dit « stop, arrête toi ».

Cette explication nécessaire n’était pas suffisante. En interrogeant les médecins et psychologues, en lisant  beaucoup sur le sujet, j’ai finalement conclu que si j’avais eu ce cancer, c’était un petit peu à cause de tout ça

Quoi qu’il en soit,  aujourd’hui le problème se pose différemment. Maintenant que je sais, que dois je faire pour ne pas rechuter ? Avoir une vie saine, ne pas fumer, ne pas boire, faire du sport, manger brocolis, champignons et curcuma à tous les repas, éviter les laitages, déménager en rase campagne pour éviter la pollution mais éloignée d’un agriculteur traditionnel pour ne pas inhaler les pesticides, ne plus me raser les aisselles et accepter de sentir la transpiration, m’éviter tout stress, ne plus travailler, aider mon prochain  ….

Non,  non et non… Je refuse de me culpabiliser, je ne suis pas responsable de ce cancer. Et si j’ai modifié sensiblement mon mode de vie, c’est de façon raisonnable. Je pense que chacune trouvera l’explication qui lui sied le mieux.  J’imagine que pour certaines, la certitude d’avoir trouver une explication permet une vie plus sereine.

Quant à moi j’ai trouvé : à « pourquoi moi, » il fallait simplement répondre « pourquoi pas moi ? »


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