« garde le moral » ou le diktat des bien-portants

Un billet sur le site de Colleen « fortes ensemble » et une discussion houleuse sur le blog de Cathie m’ont amené à me (re) poser la question de l’impact du moral dans la guérison. Peut-on être optimiste tout au long des traitements et surtout est-il nécessaire d’être positive pour s’en sortir.

Je suis certaine que la plupart d’entre vous avez déjà entendu cette phrase assassine : « garde le moral c’est 50% de la guérison! ».

Mais comment faire pour avoir le sourire quand on souffre physiquement des suites de l’opération, quand on perd cheveux, cils et sourcils, quand on  gonfle grâce à la cortisone ou que l’on maigrit de vomir ses tripes, quand on doit composer avec l’épuisement,  que l’on regarde désespérément sa peau se desquamer sous l’effet des rayons….. quand l’angoisse  ronge chaque jour un peu plus, quand on est fatigué d’avoir pleuré toutes les larmes de son corps, quand la peur est présente à chaque contrôle.

Bien entendu, certains traverseront cette épreuve avec optimisme, mais d’autres dont j’ai été, seront confrontés à une profonde détresse. D’autre part, la guérison d’un cancer est un long chemin, l’humeur ne peut pas être stable tout au long du parcours : colère, stupéfaction, désespoir, peur, angoisse, combativité, envie de vaincre, pensées positives ou négatives jalonnent les différentes étapes.

Mais ce « gardes le moral », pour peu qu’il survienne dans un moment de doute, sonne comme le glas du combat et  culpabilise à outrance : « mais si je ne suis pas positive, je ne guérirais pas ».

J’ai posé la question à l’onco psychologue qui m’a suivie à l’hôpital. Sa réponse a été claire : aucune étude n’a prouvé à ce jour que le moral ait un impact quelconque dans les chances de guérison. Des gens désespérés guérissent et d’autres super positifs perdent la bataille. Les personnes qui assènent cette maxime assassine sont des biens portants. Il est tellement plus confortable pour eux de voir un « cancéreux » heureux plutôt que d’être confronté à un malade au fond du gouffre.

Peut être, (sans doute), cette explication ne plaira-t-elle  pas à tout le monde. En ce qui me concerne, elle m’a été d’un grand secours. J’ai pu ainsi me laisser aller  à ma peine et ma douleur sans culpabilité. Et malgré un moral plus que vacillant pendant tous mes traitements, je suis là 9 ans plus tard pour en parler :-).

Merci à Colleen et Cathie qui m’ont inspiré ce billet