faire un bébé après un cancer du sein : la revanche de la vie

J’ai eu un cancer du sein à 37 ans, une rechute à 38, 3 ans de soins intensifs, 5 ans d’hormonothérapie, le calcul est vite fait : j’ai sorti la tête de l’eau à 45 ans. Autant dire que mes perspectives de faire un troisième enfant étaient quasi nulles.

De toutes les façons, à l’époque, les cancérologues n’étaient pas très enthousiastes à l’idée d’une grossesse après un cancer. Je me suis même entendue dire par un médecin de ville : vous en avez déjà deux, vous ne voulez tout de même pas qu’ils deviennent orphelins ? » A une amie on annoncera son cancer en lui assenant sans aucune délicatesse : « j’espère que vous avez déjà un enfant parce que maintenant c’est fini » !

Alors ces refus faisaient-ils appel à une peur légitime ou à un mythe bien ancré dans les mentalités ?

Le cancer du sein touche des femmes jeunes, voire très jeunes et certaines d’entre elles ont envie, après cette épreuve, de construire leur vie et de faire (ou refaire) des enfants. Selon les chiffres  de l’AFACS (Association Francophone de l’Après Cancer du Sein), on estime à 40/50 000,  le nombre de femmes atteintes d’un cancer du sein en France chaque année. Parmi elles 7% ont moins de 40 ans au moment du diagnostic et 10% d’entre elles feront un enfant, voire deux après la maladie.

Il y a, bien sur, des contraintes liées aux traitements. La chimiothérapie  provoque souvent chez la femme de 40 ans une ménopause qui malheureusement peut être définitive. Mais elle est temporaire, la plupart du temps, chez les patientes plus jeunes. L’hormonothérapie, quant à elle, repousse de 5 ans la possibilité d’avoir un bébé puisqu’elle est complètement contre indiquée avec une grossesse.

Or le cancer, s’il touche de plus en plus de femmes jeunes, tue de moins en moins. Il y a un « après cancer » avec lequel il faut compter. Jusqu’ici les interdictions de mettre en route une grossesse étaient fondées sur des craintes non avérées puisque non vérifiées par une quelconque étude scientifique.

Au début de l’année, l’AFACS  a publié une enquête intitulée « donner la vie après un cancer du sein » qui jette un pavé dans la mare.

Quelques chiffres : l’étude a porté sur 209 femmes qui ont répondu à un questionnaire. L’âge moyen au diagnostic était de 30 ans, la moitié n’avait pas d’enfant et 25% ont reçu un traitement d’hormonothérapie. On compte parmi elles, 262 grossesses dont 10 en cours. 214 ont donné lieu à un accouchement (on déplore 10 fausses couches, 9 IVG dont 5 à la demande des médecins, et 1 grossesse extra utérine). 93% de ces grossesses étaient désirées. 9% des médecins les avaient formellement interdites. Un délai de 2 à 5 ans a été observé après le diagnostic du cancer.

12 femmes ont récidivé pendant la grossesse, 8 douze mois après et 20 femmes plus d’un an plus tard, soit 40 femmes sur 209. Un chiffre qui, s’il paraît important est, d’après les experts,  tout à fait conforme au taux de rechute observé chez les femmes sans grossesse. D’autre part personne ne peut dire si ces femmes n’auraient pas rechuté de toutes façons.

Il faut noter, enfin, que les choses ne sont pas aussi simples qu’elles en ont l’air. Pour certaines il a fallut faire face à une forte anxiété due, entre autre, à la peur de la récidive, à tel point que 44% d’entre elles déclarent avoir consulté un psychiatre ou un psychologue.

Cette enquête n’a pas de réelle valeur scientifique mais permet quand même de se faire une idée du danger réel que représentent ces grossesses après cancer. Espérons que cette étude permettra de changer le point de vue de certains médecins encore frileux et peut être aussi les mentalités chez les patientes elles-mêmes.

Bien entendu, restent le poids du risque de rechute qui pèse sur leurs épaules. Seront elles là pour les futurs anniversaires de leur enfant, pour les  élever? Mais nous nous posons toutes cette question! 😦 Et pour ma part, je pense sincèrement que donner la vie après avoir frôlé la mort est une sacrée revanche.

Source : AFACS