Marie claire enfonce le clou, Top santé enquête, et Fémina rassure

Le Marie Claire d’octobre a, comme chaque année, fait sa une sur le cancer du sein, et bien il recommence en novembre.
Peut être, si vous lisez ce mensuel regulièrement, le savez vous déjà, mais le magazine féminin milite pour que l’age du depistage organisé (actuellement prévu pour les femmes de 50 à 74 ans) soit abaissé aux femmes de 40 ans. Le plan cancer 2 du gouvernement etant en gestation , c’etait le moment idéal pour repartir à l’assaut des politiques.
C’est avec le ministre de la santé, Madame Roselyne Bachelot que la conversation est engagée. Le problème c’est que, sur la même page nous avons les propos que le professeur Khayat, eminent oncologue, est sensé avoir tenu à Madame Bachelot et l’interview du dr Khayat lui même.

Et les deux se contredisent:  d’un côté notre ministre nous informe que la démarche de ce depistage restreint est « populationnel » autrement dit que « l’incidence du cancer est moins importante chez les femmes de moins de 50 ans »! Qui plus est il y aurait démobilisation des femmes avec le temps si on instaurait ce depistage précoce !!!!

De l’autre, la page suivante s’il vous plait (!), le docteur Khayat nous affirme qu’on doit lancer le depistage dès 40 ans tous les 2 ans comme il est fait au Canada ou dans les pays nordiques, afin de  sauver le maximum de femmes. (« Une femme meurt du cancer du sein toutes les 45 minutes en France » rappelle-t-il :-().Quant à ceux qui parle de la nocivité de l’irradiation des seins avec les mammographies soit disant « inutiles », le professeur retorque « qu’une mammographie bien faite entraine une irradiation extrêmement faible qui correspond à ce que subissent des seins exposés au soleil pendant quelques jours ».

le professeur Claude Maylin, chef du service de cancerologie et radiotherapie de l’hopital st Louis à Paris affirme lui, être à 200% pour la campagne de Marie Claire. Il rappelle que le pic du cancer du sein était autrefois à 60 ans, et qu’ aujourd’hui 20% des femmes qui déclarent un cancer ont entre 40 et 50 ans.Qui plus est , le cancer du sein chez les femmes « jeunes » est plus agressif et nous pourrions sauver des milliers de vies en changeant la loi. Quant à la pseudo demobilisation de ces femmes, le Professeur Maylin repond que « ce n’est pas un argument scientifique ».

La solution apportée par le gouvernement est pour le moins surprenante : plutot que d’abaisser l’age à toutes les femmes de 40 à 50 ans, la ministre propose de se limiter aux femmes qui présentent un profil à risque et, je cite (!), de donner comme exemple : les femmes ayant « des antécédents familiaux, une maternité tardive et/ ou sans allaitement » et surtout , »les femmes sans vie sexuelle « !!!! Vous imaginez-vous recevoir un courrier dans lequel vous devez préciser si vous avez une vie sexuelle ou pas !!!!!

Si on lit plus avant, la ministre préconise en réalité une simple information pour ces femmes dites à risques qui seraient donc invitées à faire un depistage individuel (non remboursé à 100% et sans double lecture par deux radiologues comme c’est le cas pour le depistage organisé). Cette « invitation » serait faite par les medecins traitant et gynecologues, les journaux et internet mais quid des femmes plus défavorisées, celles qui ne consultent pas, ne lisent pas les journaux ou n’ont pas internet?

Non Madame la Ministre, vous n’êtes pas sérieuse.. Alors attendons ce plan cancer 2, en espèrant que les medecins impliqués puissent convaincre le gouvernement.

Un autre mensuel s’est penché sur le cancer du sein avec cette fois, une double lecture :  l’histoire d’une femme de 35 ans (!) Estelle victime du cancer du sein qui  nous raconte son parcours avec les commentaires du Dr Marc Espié (mon oncologue :-)) , et en parallèle,  un article qui se demande : « comment est on soignée en France ».
Sur Estelle, que dire mon Dieu : encore une !! un an et demi de soins terrifiants, l’abandon de son fiancé, une vie entre parenthèse pour parvenir à la résurrection avec la reconstruction. Le Dr Marc Espié nous éclaire sur le protocole et les techniques employées. Un article poignant, une histoire triste et belle comme toutes les histoires de cancer.

L’article sur la qualité des soins en France nous informe, entre autre, que les soins sont décidés dorénavant en staff,  et ce dans tous les centres, , c’est à dire que l’oncologue décide du protocole à appliquer en concertation avec le chirurgien, le chimiothérapeute et le radiothérapeute.

En revanche, on ne trouve que dans certains hôpitaux des programmes personnalisés de soins ou PPS qui proposent l’accès à des « soins de support » : psychologues, nutritionnistes, masseurs ou conseils cosmétiques. On sait bien que ces « soins de support » sont essentiels, et on espère que le plan cancer 2 les démocratisera.

On nous rassure également, les traitements sont mis à jour tous les deux ans en fonction des découvertes scientifiques  et l’Inca (Institut National du cancer) définit des « référentiels de bonnes pratiques » afin d’uniformiser les traitements dans tous les centres anti cancereux.

Enfin il existe quelques disparités entre les pays, notamment de protocole (8 chimios en moyenne aux Etats Unis contre 6 en France) mais qui n’influent pas sur les résultats, et des différences dans les délais de prise en charge (plus longs en Angleterre et en Italie).

Enfin, si vous ne l’avez pas lu, des bonnes nouvelles dans le Fémina de dimanche dernier : l’Institut Gustave Roussy lance le « diagnostic en un jour » : un système tant souhaité qui réduit l’attente du diagnostic à une seule journée. Les patientes arrivent avec un premier dépistage fait par leur médecin traitant et sont accueillies par une infirmière coordinatrice qui réunit les résultats d’examens précédents et les antécédents . Tous les médecins sont présents, le radiologue effectue mammographie, échographie et ponction si nécessaire. L’analyse est faite sur place. En cas de résultat positif, la patiente rencontre immédiatement le chirurgien et décide de la date de l’opération.
Résultat : 15 jours de stress, d’angoisse et d’attente de gagner ! Bravo à l’IGR, souhaitons que tous les centres s’en inspirent…..

Infirmière référente aussi à l’Institut du sein à Paris : pendant tout son parcours, la patiente a affaire à une seule et même personne qui est avertie en cas d’hospitalisation en urgence et surtout qu’elle peut joindre à tout moment sur son portable !!!! quelle initiative intelligente et tellement nécessaire… Que de fois ai-je souhaité appeler mon médecin pour un conseil, une question sans oser le déranger. Bravo 🙂

A Lille, on s’occupe des conjoints, avec la mise en place de consultations de psychologues destinés au couple.

Enfin et en vrac, l’article de fémina parle d’initiatives disséminées dans toute la France : ateliers cuisine à Nantes pour eviter une eventuelle prise de poids aux femmes sous hormonothérapie, des cours de gym relaxante à Calais et à Boulogne pour retrouver son « aisance corporelle », des soins esthétiques et capillaires à l’inititative de différentes associations installés dans près de 23 hopitaux en France et enfin de l’art-thérapie (théatre, art plastique, expression) organisée par la Ligue  dans tout le pays.

Voilà, un survol de toutes les nouveautés dans le depistage, les traitements et l’accompagnement du cancer du sein vu par nos journaux.  Tous nos espoirs réside dans ce plan cancer 2, en espérant que le gouvernement s’inspire de ces quelques belles réalisations trop individuelles encore.