Nous vieillirons ensemble !

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Vous avez été déclarés guéris ou simplement en rémission ? Telle est la question que pose cette semaine Cancer Contribution via une enquête que vous pouvez consulter en suivant ce lien . Les résultats du sondage sont probants. Nous, si im-patients de fermer une parenthèse ouverte à notre corps défendant, si avides d’atteindre enfin la guérison, nous avons le droit bien trop souvent au mot rémission qui au mieux, sera totale. Car pour nos soignants ce n’est pas la même histoire et en lieu et place du point final tant espéré ils auraient plutôt tendance à nous servir des points de suspension … Ces points qui justement nous suspendent aux résultats des contrôles, en lévitation au dessus de la mêlée des bien- vivants, ceux qui ignorent tout de la maladie et coulent des jours heureux loin des hôpitaux et des médecins. Cette dite rémission, mot barbare et autrefois inconnu, qui nous fait osciller entre notre état de malade et celui de mieux-portant, entre l’obscurité et la lumière, entre assurance et incertitude, entre la vie et la mort…

10 Décembre 2000 je sens une petite boule dans mon sein sous la douche …. Rien d’alarmant, j’ai 37 ans deux enfants et toute la vie devant moi. Je suis invincible ! 12 Mai 2014, bientôt 14 ans et pourtant, je ne suis toujours pas déclarée guérie par mon adorable médecin.

Guérie, ça voudrait dire clore ce tome de ma vie, ranger ce mauvais livre dans la bibliothèque, et avoir l’esprit libre pour en entamer un autre, plus gai celui-là…. Continuer ma saga, faire des projets à long terme, écrire le fil de mon existence sans la conclure… en tout cas pas tout de suite ! Ca voudrait dire vieillir et voir mes enfants se lancer dans leur vie d’adultes, m’imaginer jouer avec mes petits enfants, aimer, voyager projeter ….

Pourtant mon oncologue se refuse à me laisser faire. Il reste désormais attentif en permanence à tout changement qui pourrait le (nous) alarmer. Mais ai-je besoin de lui pour savoir que la foudre peut à nouveau obscurcir mon ciel ? Ai-je besoin de lui pour me rappeler tous les jours que Dieu fait cet épisode terrible de mon histoire ?

Je suis en rémission totale depuis bientôt 6 ans, plus la moindre trace de cellules malignes dans mon corps mais peut être sont-elles tapies quelque part, prêtes à frapper de nouveau et, il préfère être prudent me dit-il. Effectivement, la cicatrice qui courre sur mon sein me le rappelle chaque jour. Pas de décolleté plongeant, des soutiens gorge pour tenter de cacher la dissymétrie de la reconstruction, et quand vient l’été, des petits hauts pas si petits que ça, des maillots soigneusement choisis de manière à me faire oublier les stigmates de la mastectomie …

Mon cancérologue me l’a dit, j’ai encore 3% de risque de rechute sur mon sein pourtant livré en pâture par le chirurgien aux anapath qui l’ont scruté, décortiqué, déchiqueté, et probablement jeté aux orties après analyses. Risque de métastases quasi nul m’a-t-il annoncé avec son grand sourire. Oui mais moi j’entends le quasi qui résonne dans ma tête dans une étrange et insupportable cacophonie et j’oublie aussitôt le nul. Ce quasi qui l’oblige à ne pas me mentir. D’ailleurs il ne m’a jamais raconté d’histoires et je le crois dur comme fer ! Croix de bois, croix de fer ….

Alors je vis en rémission depuis 13 ans, ce mot comme tatoué sur le front, arboré comme une étoile jaune d’autres temps plus anciens, la peur au ventre. Malade en rémission, cancéreuse jamais guérie : pas d’assurance, pas de projet immobilier, un CV avec un trou béant inhabituel et surtout inexplicable, pas de don de sang ni d’organe car mon corps a été pourri par les chimios …

En rémission mais vivante me direz-vous alors serais-je différente si l’on me disait guérie ? Finalement ai-je besoin de déclaration formelle pour ne plus avoir peur? Non c’est certain, on n’oublie jamais et cette conscience de la fragilité de la vie me guide au quotidien quels que soient les mots employés. Alors je tente plutôt d’apprivoiser ce mot de rémission, de mettre à distance mes angoisses, ma peur et de vivre avec, le mieux possible.

Peu importent les mots, peu importe le temps qu’il me reste, je sais maintenant que je ne suis pas invincible mais aujourd’hui j’aime terriblement ma vie ! Et comme vous me l’avez dit un jour, je vous le promets, nous vieillirons ensemble cher Docteur !

Catherine Cerisey